Hauts-de-France: La lutte sociale continue sur les planches pour les ex-Samsonite

SOCIAL Sept anciennes salariées de l’usine d’Hénin-Beaumont, fermée en 2007, raconte l’histoire de leur combat dans une pièce de théâtre…

Francois Launay

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Les anciennes salariées de Samsonite n'avaient jamais fait de théâtre avant

Les anciennes salariées de Samsonite n'avaient jamais fait de théâtre avant — Hélène Desplanques

Elles sont sept femmes. Comme 200 autres personnes, elles ont perdu leur travail en janvier 2007 quand l’usine Samsonite d’Hénin-Beaumont a été fermée du jour au lendemain sans plan social à la clé.C’est l’histoire de leur lutte sociale, sur fond de mondialisation et d’escroquerie à grande échelle que ces anciennes ouvrières ont décidé d’interpréter sur les planches. Un vrai pari pour des femmes qui n’avaient jamais fait de théâtre avant.

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« Quand j’ai parlé de ce projet à Marie Liagre, la metteuse en scène, elle m’a dit que c’était comme leur demander de jouer du saxophone dans un orchestre sans jamais avoir pris de leçon » raconte Hélène Desplanques, auteur de la pièce mais aussi dudocumentaire Liquidation totale retraçant l’histoire des ex-Samsonite.

« La rage ressort naturellement »

Alors, histoire de les rassurer, trois comédiens professionnels jouent avec elles sur les planches. Et, après des mois de répétition, les apprenties comédiennes s’apprêtent à plonger dans le grand bain ce vendredi à Avion.

« Le plus dur, c’est de retenir les textes. Mais dès qu’on a un trou de mémoire, les comédiens pros nous rassurent tout de suite. », assure Paulette, une ex-salariée. Même si rejouer leur histoire sur scène n’est pas toujours évident « Dès qu’on fait une scène avec le repreneur, il n’y a même plus besoin de jouer. C’est la rage qui ressort naturellement », sourit Brigitte.

Une autre façon de se faire entendre

C’est aussi une autre façon de lutter pour ces femmes. « On veut montrer qu’il y a de l’être humain, qu’il faut arrêter de casser les usines et de laisser les gens sur le carreau », lâche Renée. Un message social que les ex-Samsonite vont tenter de faire passer en cette année présidentielle.

Un combat qui dure depuis dix ans

Bain Capital. Rien que le nom de ce fonds d’investissement américain fait frémir les ex-Samsonite. Créé par Mitt Romney, candidat républicain à la présidentielle américaine de 2012, Bain Capital détenait Samsonite au moment de la revente de l’usine d’Hénin-Beaumont à Energy Plast, une entreprise de panneaux solaires qui licenciera en 2007 les 206 salariés nordistes .

Les ex-ouvriers reprochent à Bain Capital de s’être débarrassé de l’usine pour une somme bien inférieure à un plan social, histoire de mieux revendre Samsonite à un autre fonds. Depuis, les ex-salariés font tout pour faire condamner le fonds d’investissement.

Après avoir échoué aux Etats-Unis pour une question de prescription,ils se sont rabattus sur la branche européenne de Bain Capital basé à Londres. Le jugement de l’affaire est toujours attendu. « . On ira jusqu’au bout. Quoi qu’il arrive, on ne lâchera pas », prévient Brigitte Petit, présidente de l’association AC Samsonite. Dix ans après, 80 personnes ont retrouvé un CDI. Le reste oscille entre retraite, chômage, CDD et intérim. Une personne est même devenue SDF.