Damien Carême en janvier 2016
Damien Carême en janvier 2016 - Sarah ALCALAY/SIPA

Sur la crise des réfugiés, Damien Carême, 55 ans, est un objet politique non-identifié. Plutôt que de pousser à l’évacuation des migrants installés sur sa commune, le maire EELV de Grande-Synthe a décidé de leur aménager un terrain propre et drainé, avec 375 cabanons en bois, chauffés et équipés, montés et financés en grande partie avec l’aide de Médecins sans Frontières. Mais sans aucune aide de l’État, qui était opposé au projet.

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Alors au lendemain de l’ouverture du nouveau camp, l’élu s’exprime avec l’euphorie de celui qui vient de gravir une côte en plein vent. « Je suis élu pour trouver des solutions au quotidien, ça fait partie de ma mission. Voir ces enfants se poser dans un abri propre, avec leur famille, c’est extraordinaire sur le plan humain ».

« Un maire courageux » pour MSF

Voilà cette ville de 22.000 habitants, élue en 2010 «Capitale française de la biodiversité », transformée en capitale française de l’action humanitaire envers les réfugiés.

C’est le résultat de six mois de travail, depuis que le nombre de migrants installés sur sa commune a grimpé jusqu’à frôler les 2.000, en décembre. « Nous avons vécu des mois très difficiles, et je ne perds pas une occasion de dire à quel point je suis fier de mes habitants », poursuit Damien Carême, dont la ville compte 64 % de logements sociaux et 24 % de chômage.

Alors, ses concitoyens lui reprochent-ils de s’occuper trop de ceux qui viennent d’ailleurs ? « Damien Carême est un maire courageux, humaniste, témoigne Angélique Muller pour MSF. Il doit jongler en permanence entre son souci pour ses administrés et la nécessité de trouver une solution pour les migrants ». « Je m’occupe de tout le monde. La ville n’est pas à l’arrêt, les projets avancent dans tous les domaines », assure l’édile.

A l’extérieur, c’est sa constance qui impressionne. Franck Dhersin, le maire (LR) de Teteghem, confie même avoir « une certaine admiration » pour son collègue. « Ce qu’il fait, moi je ne l’aurais pas fait. Mais j’ai beaucoup de respect pour ceux qui vont au bout de leurs convictions ».

Il a quitté deux fois le parti socialiste

Damien Carême a pour lui une certaine expérience. Son troisième mandat a débuté en 2014 avec une victoire dès le premier tour. Et son père était déjà maire de 1971 à 1992. « C’est grâce à cette confiance des habitants  que je peux agir », confie-t-il. Mais l’élu est aussi un migrant, en politique. Début 2015, il quittait le PS… pour la deuxième fois. La première fois c’était en 1992, pour dire non au traité européen de Maastricht, « qui tournait le dos à l’Europe sociale ». Cette fois, c’était pour rejoindre Europe-Écologie-Les Verts (EELV).

« J’ai longtemps cru que l’on pouvait faire changer les choses de l’intérieur. Mais j’ai constaté que le parti socialiste ne voulait pas réellement changer de modèle ».

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