VIDEO. «Jungle» de Calais: L'évacuation du camp a commencé de manière musclée

SOCIETE La préfecture a fait appel aux forces de l'ordre pour commencer à évacuer les migrants de la zone sud du campement sauvage à Calais...

Gilles Durand

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Des bénévoles avaient commencé à répertorier les lieux habités dans le camp.

Des bénévoles avaient commencé à répertorier les lieux habités dans le camp. — G. Durand / 20 Minutes

L’Etat tente de passer en force, malgré ses promesses devant le tribunal administratif. Depuis ce lundi matin, la préfecture du Pas-de-Calais a commencé à démolir quelques cabanons dans le campement, dit de la Lande, à Calais. Par ailleurs, les forces de l’ordre interdisent aux bénévoles des associations de rentrer dans le bidonville. Une quarantaine de cars de CRS sont mobilisés.

VIDEO RADIO 6 Jungle de Calais: le démantèlement des tentes des migrants a débuté ce lundi matin, des maraudes sociales sont en cours dans la zone Sud de la jungle pour expliquer aux migrants qu'ils doivent quitter les lieux. Etat et associations expliquent aussi les solutions d'hébergement qui sont proposées comme les CAO (Centre d'Accueil et d'Orientation), le camp humanitaire et le centre Jules Ferry. Les CRS sont aussi présents pour interpeller les NO BORDERS qui font de la désinformation auprès des exilés. Les No Borders qui ont agressé, selon la préfète du Pas-de-Calais, ces derniers jours personnels de l’Etat et membres d’associations dans la jungle.

Posté par Radio 6 sur lundi 29 février 2016

Intimidation des migrants

Dans un communiqué, la préfecture justifie cette action par le fait que les premières maraudes sociales se sont mal passées. « De nombreux activistes extrémistes ont empêché le bon déroulement des opérations qui avaient pour but de convaincre les migrants de quitter leur logement », souligne-t-elle.

Intimidation des migrants à ne pas accepter les propositions d’hébergement, insultes des maraudeurs en taguant plusieurs de leur gilet floqué « République française »… Selon la préfecture qui accuse des « comportements irresponsables ». Une personne a effectivement été interpellée.

La police intervient donc depuis ce lundi matin pour permettre aux maraudeurs de « remplir leur mission d’information des migrants » et permettre « à la société qui procède au retrait des tentes et abris inoccupés d’effectuer son travail ».

« L’Etat s’est engagé à une éviction progressive »

Dans sa décision, le tribunal administratif de Lille a pourtant exclu toute action brutale en rappelant que « l’Etat s’est engagé (…) à une éviction progressive ».

« La préfecture a trouvé un prétexte pour agir en force. C’est inadmissible, témoigne une bénévole. Un réfugié afghan a été expulsé de son cabanon qui a été détruit très tôt ce matin ». Rencontré dimanche, cet Afghan avait effectivement confié à 20 Minutes qu’il ne comptait par quitter les lieux : « Pour aller où ? J’ai déposé une demande d’asile pour la France en août 2015 et je n’ai pas de nouvelles. J’attends. »

Dispersion des migrants possible

« Selon des témoignages de réfugiés, les autorités ont donné une heure aux personnes pour évacuer leurs cabanes ou tentes. Cette évacuation risque de générer une dispersion des migrants qui vont être de plus invisibles et vulnérables », regrette l’association Utopia 56 qui intervient depuis décembre sur ce camp pour venir en aide aux réfugiés.

Dimanche, des bénévoles de cette association avaient d’ailleurs commencé à signaler par un tag « lieu de vie », les tentes qui étaient occupées pour éviter ce genre d’évacuation de force. En vain.

« Il n’y a pas de logements disponibles pour les 4 ou 5.000 personnes qui vivent encore dans ce camp. La préfecture veut aller trop vite », estime, pour sa part, François Guennoc, secrétaire de l’association Auberge des migrants.