«Baron Noir», la série qui s'inspire de Dunkerque et du Nord-Pas-de-Calais

TELEVISION Hasard ou coïncidence, la série télévisée de Canal + a de nombreux points communs avec la vie politique régionale…

F.L., avec O.A.

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Kad Merad et Niels Arstrup dans la série Baron Noir sur Canal+

Kad Merad et Niels Arstrup dans la série Baron Noir sur Canal+ — Jean-Claude Lother

Intrigues politiques dans une cité industrielle en bord de mer. Rien d’étonnant à ce que Dunkerque ait été choisie pour décor de Baron Noir, la série française de Canal + dont les 3e et 4e épisodes ont été diffusés lundi 15 février. Voici pourquoi.

  • Le baron local proche du pouvoir national

Le héros principal de la série, Philippe Rickwaert (joué par Kad Merad), est un poids lourd, un « baron » local, inamovible député-maire de la ville. C’était aussi le cas de Michel Delebarre, parlementaire et maire de Dunkerque de 1989 à 2014.

Autre trait de ressemblance : Michel Delebarre, aujourd’hui sénateur PS, a été très proche du président François Mitterrand, dont il était présenté comme un possible « dauphin » après s’être vu confier le ministère de la Ville en 1990. Mais à l’instar de Philippe Rickwaert avec son mentor Laugier, Michel Delebarre a eu du mal à capitaliser cette confiance au niveau national…

  • Les intrigues politico-judiciaires, les HLM

Dans la série, l’enquête de la justice sur les comptes de l’office HLM de Dunkerque (« Le Nord, Rickwaert, l’office HLM, ça sent la pompe à fric à des kilomètres » hurle l’un des protagonistes dans l’épisode 1) ressemble étrangement à celle qui a concerné la Soginorpa, organisme qui gérait des logements sociaux dans le bassin minier.

Dans la série, l’office HLM sert à détourner des fonds pour financer la campagne présidentielle de Francis Laugier (alias Niels Arelstrup). Dans la réalité, la Soginorpa est, elle, soupçonnée de financement occulte concernant la fédération PS du Pas-de-Calais.

  • La ville industrielle

En toile de fond de la série, tournée à Dunkerque, il est beaucoup question du milieu industriel et des luttes syndicales pour empêcher la fermeture de l’usine Clamex. Le syndicat de l’usine et le PS local sont d’ailleurs très proches.

En 2010 à Dunkerque, un conflit social avait éclaté à la raffinerie Total après l’annonce de sa fermeture. Cette lutte syndicale avait à l’époque été soutenue par Michel Delebarre, le maire de la ville, qui n’avait pas hésité à mettre la pression sur le gouvernement de François Fillon pour trouver une porte de sortie au conflit.

  • La guerre interne au PS

Dans la série, la première adjointe de Philippe Ryckwaert, une fidèle depuis des années, doit lui succéder à la mairie quand le député-maire est nommé ministre du Travail. Mais quand il apprend que son adjointe a l’intention de dénoncer un appel d’offre douteux, Ryckwaert fait tout pour lui mettre des bâtons dans les roues et empêcher son élection.

Ici le scenario paraît serpenter autour de la vie politique dunkerquoise. Le maire actuel, Patrice Vergriete, avait été attiré à Dunkerque par Michel Delebarre. Polytechnicien, il se voyait bien succéder à son parrain, mais ce dernier ne l’entendait pas de cette oreille. Se sentant désavoué, Patrice Vergriete a quitté son poste d’adjoint pour emporter la municipale haut la main, un an plus tard. Contre Delebarre. Laugier n’a qu’à bien se tenir.