Un cachalot échoué à Ostende en 2012
Un cachalot échoué à Ostende en 2012 - KURT DESPLENTER / BELGA / AFP

« C’est une série probablement jamais observée dans les annales ». Pour Willy Dabin, ingénieur de recherche et coordinateur de la gestion des échouages d’animaux marins sur les côtes françaises, la mort d’un cachalot sur la plage de Marck n’est pas anodine.

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C’est, en effet, le 25e (ou 26e, selon les sources) échouage mortel observé depuis un peu plus d’un mois en mer du Nord. « Nous avons parfois affaire à des échouages individuels de cachalots. Mais un tel nombre et sur une aussi longue période, c’est du jamais vu, sauf peut-être une fois vers 1780 dans la baie d’Audierne… »

Pas de germe retrouvé jusqu’à présent sur les cadavres

La série actuelle est tellement étirée dans le temps qu’une intervention humaine directe, par pollution ou utilisation de sonar, peut être écartée. « En plusieurs semaines, nous aurions retrouvé le navire en train de faire des relevés par sonar, ou la source de la pollution », explique Willy Dabin, basé à l’observatoire Pelagis, à La Rochelle.

Les chercheurs européens sont inquiets, car la population des cachalots, décimée par la pêche jusqu’à la protection de l’espèce dans les années 1980, est encore limitée.

Pour l’heure, aucun germe ni aucune toxine n’ont été repérés sur les cadavres pour expliquer la mort et/ou l’échouage. L’une des principales hypothèses tient à la modification du comportement des cétacés, qui boudaient jusqu’à présent, faute de nourriture, les faibles profondeurs de la mer du Nord.

Piégés par un effet du réchauffement climatique ?

« Le cachalot retrouvé à Marck a pu être piégé par la topologie des fonds marins sur cette portion de la côte », confie Willy Dabin. La question est de savoir ce qui attire là ces animaux de 15 mètres de long, plutot habitués des grandes profondeurs.

« On ne peut exclure qu’ils soient venus ici en recherche de proies, après un changement dans la distribution des poissons », confie le chercheur, qui précise toutefois n’avoir pas retrouvé de proies récentes dans l’estomac du cachalot de Marck. « Mais d’autres spécimens, retrouvés en Norvège (lien en anglais), avaient ingéré des proies récentes, comme des baudroies. »

Ainsi les cétacés pourraient se retrouver piégés en mer du Nord, après avoir suivi des poissons dont le comportement aurait été modifié par le réchauffement climatique. L’échouage de dauphins globicéphales, en novembre 2015 à Calais, est peut-être lié au même phénomène. « On peut probablement exclure un effet direct de l’activité humaine, résume Willy Dabin. Mais une cause indirecte est envisageable. »

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