Les gens du voyage ont bloqué l'A1 à Roye, dans la Somme, en mettant le feu à divers objets.
Les gens du voyage ont bloqué l'A1 à Roye, dans la Somme, en mettant le feu à divers objets. - AFP

Procès sur fond de polémique. Ce jeudi, devant le tribunal correctionnel d’Amiens, douze membres de la communauté des gens du voyage seront jugés pour avoir, le 28 août 2015, bloqué l’autoroute A1 pendant plusieurs heures. Par ce blocage, ils entendaient obtenir que l’un des leurs, emprisonné, puisse assister aux obsèques de son père.

Fusillade mortelle

Tout a commencé le 24 août. Un homme de 73 ans, alcoolisé et armé d’un fusil, a débarqué dans un camp de gens du voyage à Roye, dans la Somme. Il avait fait feu, tuant trois membres d’une même famille (une femme de 19 ans, sa fille de neuf mois et son beau-père) et un gendarme. Le juge des libertés avait refusé que le fils et un proche de l’un des victimes, tous deux incarcérés à Amiens, puissent sortir de prison pour assister aux obsèques. Le procès avait été reporté, la présidente du tribunal estimant qu'il n'était pas possible de juger une telle affaire sur une seule journée.

La cour d’appel calme le jeu

En réaction, le vendredi 28 août, vers 20h, une soixantaine de gens du voyage ont bloqué l’autoroute A1 dans le sens Paris-Lille en brûlant des palettes, pneus ou arbres. L’opération s’est terminée le samedi matin, après que la cour d’appel autorise finalement les deux détenus à assister à l’enterrement.

Entre-temps, la circulation avait été interrompue pendant près de 24 heures sur l’autoroute. Marine Le Pen et Xavier Bertrand, alors en campagne pour les élections régionales, avaient dénoncé le blocage. Par ailleurs la SANEF, société qui gère l’A1, était montée au créneau, assurant que l’action des gens du voyage coûterait près de 500.000 euros.

Une enquête avait été ouverte, laquelle avait abouti, fin novembre, sur le placement en garde à vue de 13 personnes. Ce sont douze d’entre elles qui ont été renvoyées devant le tribunal correctionnel pour « entraves à la circulation de véhicules » et pour « dégradations par incendie » et « vols en réunion ».

« Ne pas faire un exemple »

Selon maître Stéphane Daquo, l’avocat de trois des douze prévenus, il faut remettre les choses dans leur contexte : « Ils ont agi sous le coup de l’émotion pour quelque chose qui leur tenait à cœur. Certes, il faut un rappel à la loi, mais il ne faut pas que ça aille plus loin », a-t-il expliqué. L’avocat a aussi insisté pour que l’on ne fasse pas de ses clients des exemples : « Il y a déjà eu des blocages sur les autoroutes par d’autres catégories de personnes qui n’ont pas fini au tribunal ».

Le 12 janvier dernier, la présidente du tribunal, Catherine Briet, avait demandé un renvoi, jugeant qu’une matinée ne suffirait pas pour traiter une affaire qui nécessite au moins un jour et demi d’audience. Le procès devrait donc durer jusqu'à vendredi.

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