L'Egypte post-Moubarak face à une grave crise économique

Mis à jour le 10.02.12 à 17h12

Un an après la chute de Hosni Moubarak, la dégradation de l'économie égyptienne constitue une lourde menace pour la transition dans le pays le plus peuplé du monde arabe, estiment des économistes. Avec un taux de croissance estimé autour de 1% à 2%, contre 5 à 7% autrefois, le gouvernement attend du Fonds monétaire international et d'autres bailleurs une aide jugée cruciale pour éviter une explosion sociale. "Un an après la révolution, l'économie est dans un état anarchique, hors de contrôle", estime Salah Goda, directeur du Centre de recherches économiques du Caire.

Les recettes du secteur vital du tourisme ont accusé en 2011 une baisse de 30%, soit un manque à gagner de 4 milliards de dollars, selon des statistiques officielles, jugées par nombre d'opérateurs très en-deçà de la réalité. Régulièrement dégradée par les agences de notation -la note de Standard & Poor's est passée de B+ à B ce vendredi- l'Egypte, au marché intérieur de plus de 82 millions d'habitants, ne fait plus rêver les investisseurs. Au coeur des inquiétudes, la fonte des réserves en devises de la Banque centrale, qui sont passées de 36 milliards de dollars en janvier 2011 à 16,3 milliards un an plus tard.

40% de la population vit avec deux dollars ou moins par jour

Une diminution qui, cumulée avec un déficit budgétaire de 8,7% du PIB -mais en réalité au delà de 10% selon certains économistes- laisse craindre que le pays ne puisse plus payer ses importations ni maintenir son coûteux système de subventions aux produits de base. Un dispositif qui permet de garder des prix très bas pour l'essence, le pain ou le gaz domestique, et d'éviter une explosion sociale dans un pays où 40% de la population vit avec deux dollars ou moins par jour. Mais réformer ce système risque de mettre le gouvernement nommé par l'armée en situation périlleuse.

"Changer la politique concernant les subventions aux produits alimentaires, à l'essence ou au gaz butane peut mener à un désastre politique", estime Hamdi Abdelazeem, économiste à l'Académie Sadate. Avec à la clé des risques de troubles sociaux, voire des "émeutes du pain" comme le pays en a déjà connues. Après des atermoiements, Le Caire a décidé de revenir vers le FMI pour solliciter un prêt de 3,2 milliards de dollars, et se tourne vers la Banque mondiale pour un milliard supplémentaire.

Le ministre des Finances, Momtaz Saïd, a évalué ce vendredi à 11 milliards de dollars sur deux ans les besoins pour soutenir les réformes. Le Premier ministre, Kamal al-Ganzouri, a reconnu lui-même que les milliards d'aide promis par les pétromonarchies du Golfe ne sont pour la plupart qu'à l'état de mirage. Nombre d'Egyptiens redoutent aussi que la générosité des Européens ne soit revue au profit du sauvetage de la zone euro. La situation politique encore confuse et les flambées régulières de violence n'encouragent ni les soutiens internationaux, ni les réformes internes.

© 2012 AFP
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