Le nouveau président des Maldives, Mohamed Waheed, a dit ce mercredi vouloir former un gouvernement d'"unité nationale" au lendemain de la démission de son prédécesseur, qui le soupçonne d'avoir été impliqué dans un coup d'Etat visant à l'évincer du pouvoir. L'ancien vice-président, Mohamed Waheed, a été investi mardi nouveau chef de l'Etat après la démission du président Mohamed Nasheed, dans la foulée d'une mutinerie de policiers et de semaines de manifestations d'opposants dans la capitale de l'archipel, peuplé de 330.000 musulmans sunnites.
Mohammed Nasheed, plusieurs fois emprisonné lorsqu'il était dans l'opposition, était arrivé au pouvoir en 2008 pour un mandat de cinq ans, à l'issue du premier scrutin présidentiel démocratique. Lors de sa première allocution en tant que chef d'Etat, Waheed a démenti les accusations selon lesquelles son prédécesseur avait été victime d'un complot orchestré par des dirigeants de l'opposition et les forces de sécurité.
Dans un entretien exclusif à l'AFP, l'ancien président a affirmé qu'il avait été "forcé de démissionner" sous la menace de policiers armés et d'officiers de l'armée. "Ils m'ont dit que si je ne démissionnais pas, ils devraient faire usage de leurs armes. J'ai pris cela pour une menace", a-t-il dit par téléphone, depuis sa résidence familiale. Il a aussi dit craindre une implication de son vice-président. "Je crois qu'il a toujours entretenu l'idée de devenir président. Il n'en a jamais été capable. Quand l'opportunité s'est présentée, il l'a saisie", a-t-il ajouté. L'armée a également démenti avoir renversé l'ancien président.
Lors de sa conférence de presse, Mohamed Waheed a déclaré qu'il nommerait "un vrai gouvernement multipartite" au cours des prochains jours et qu'il avait pris langue avec toutes les formations politiques, y compris le parti de l'ancien président, le Maldivian Democratic Party (MDP). Les partis islamistes seront aussi représentés au sein du nouveau gouvernement, a précisé Mohamed Waheed. L'islam est la seule religion officielle des Maldives.
Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Naseem, a de son côté accusé ce mercredi les partis islamistes d'être responsables de la démission du président. Amnesty International a de son côté pressé les nouvelles autorités d'éviter de "persécuter des membres du parti de Nasheed" tandis que l'Union européenne a exprimé sa "profonde préoccupation" après la démission du président et demandé que les autorités respectent la Constitution et l'Etat de droit.
Les manifestants réclamaient la tête du président depuis qu'il avait ordonné l'arrestation le mois dernier du président de la Cour d'assises, accusé par le pouvoir de mauvaise conduite et d'avoir favorisé des figures de l'opposition. Des partis d'opposition l'ont accusé d'avoir violé la Constitution et des conservateurs religieux sont venus grossir les rangs des mécontents, accusant le régime de ne pas être islamique. Mohamed Nasheed avait ouvert la voie démocratique à l'archipel après trente ans de dictature du président Maumoon Abdul Gayoom.