Ecole en bateau: Les victimes d'abus sexuels veulent réparation

Mis à jour le 07.12.11 à 11h26

Onze anciens élèves de l'Ecole en bateau, qui dénoncent des abus sexuels commis dans les années 1980 à bord du voilier le «Karrek Ven», réclament un demi-million d'euros à l'Etat pour avoir trop tardé à enquêter, une lenteur assimilable à leurs yeux à un «déni de justice».

L'audience se tiendra le 14 décembre à 14h00 devant la première chambre civile du tribunal de grande instance de Paris.

Séances de masturbation collective

L'idée du fondateur de l'association, Léonide Kameneff, était d'emmener sur le «Karrek Ven» et le «Paladin» des adolescents naviguer au bout du monde, afin de leur apporter «un épanouissement intellectuel, psychologique, affectif et social». Entre 1969 et 2002, 400 garçons et 60 filles ont séjourné sur les trois bateaux-écoles de l'association.

Mais en 1994, la belle histoire s'arrête. Une première plainte pour viol et agression sexuelle égratigne la réputation de Léonide Kameneff. Depuis, une trentaine de jeunes ayant navigué sur le bateau-école ont dénoncé à la police des abus sexuels et 14 se sont constitués parties civiles, les faits dénoncés par les autres étant prescrits. L'enquête a établi que les mineurs se retrouvaient à vivre à mille lieues de leur domicile, dans un huis clos où des adultes référents pouvaient librement exercer sur eux une emprise psychologique, jusqu'à leur imposer des actes de viols et d'agressions sexuelles.

Selon une source proche du dossier, si une majorité d'enfants ont déclaré à la justice avoir «passé un séjour formidable» à bord du thonier, d'autres ont dénoncé un aspect sectaire de l'éducation pratiquée, décrivant des séances d'autocritique et d'accusation publiques, des séances de massage ou de masturbation collective. Il faudra attendre mai 2011 pour qu'un juge d'instruction renvoie Léonide Kameneff et quatre de ses comparses devant la cour d'assises pour des viols et agressions sexuelles «sur mineurs de 15 ans par personne ayant autorité» entre 1979 et 1995.

«Déni de justice» reconnu par le ministère public

Ce renvoi a été confirmé il y a un mois par la cour d'appel, mais deux mis en examen, dont Léonide Kameneff, ont formé un pourvoi en cassation. Celui-ci ne devrait pas être examiné avant un an. S'il était rejeté, un procès pourrait enfin avoir lieu. Dix-sept ans après la première plainte, les parties civiles n'en peuvent plus et désespèrent de pouvoir un jour «classer» cette affaire.

Onze d'entre elles, défendues par Me Eric Morain, ont donc assigné l'Etat français en déni de justice. Elles lui reprochent la perte d'une plainte, une inertie du juge d'instruction de Fort-de-France, qui durant quatre ans a délaissé l'enquête, ou encore des lenteurs du parquet de Paris. Pour Me Morain, un tel retard leur a fait perdre toute confiance en l'institution judiciaire et craindre de voir Léonide Kameneff, 74 ans, mourir avant d'être jugé. Il réclame 50.000 euros de dommages et intérêts pour chacun de ses clients.

Dans ses conclusions, le ministère public lui-même reconnaît un incontestable «déni de justice», qui «a causé aux demandeurs un préjudice moral résultant de la tension psychologique subie du fait de la durée excessive de la procédure».

Importé par 20minutes.fr
Dans la même rubrique
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr