Les Indignés au coeur d'un procès surréaliste pour avoir «décollé» une vitre

Mis à jour le 31.10.11 à 17h16

Une audience pour le moins surprenante s'est déroulée lundi matin devant la 29e chambre du tribunal correctionnel de Paris, où onze «Indignés» ont comparu pour avoir «décollé» la vitre d'un fourgon de police dans lequel ils pénétraient après une manifestation le 19 septembre. «La justice n'a-t-elle rien d'autre à faire que de renvoyer 11 personnes pour une vitre décollée?» s'est interloqué l'avocat des prévenus, Me Joseph Breham. «La police elle-même, a-t-il poursuivi, n'ose pas dire que cette vitre aurait été brisée!» Aucun avocat ne s'est présenté lundi pour défendre la thèse policière.

Neuf «Indignés» ont répondu à la convocation du tribunal: trois femmes et six hommes, tous Français à l'exception d'une Vénézuélienne vivant en Espagne. Deux des prévenus, dont une certaine Séverine, étaient absents.

De trois mois ferme à 500 euros d'amende requis

Les faits remontent au 19 septembre. Ce mercredi-là, après une manifestation, des «Indignés» font l'objet d'un contrôle d'identité et sont embarqués dans des cars de police. Selon les «Indignés» jugés lundi, la vitre du fourgon, qui tenait mal, ne s'est pas brisée, mais s'est tout simplement décollée quand certains d'entre eux se sont appuyés dessus, sans aucune violence. La procureure Laurence Dané a décrit un tout autre scénario. La situation aurait «dégénéré» et les prévenus qui pénétraient dans le fourgon auraient «poussé cette vitre de leurs mains dans une action collective et concertée».

Elle a requis trois mois de prison ferme contre Séverine, qui a reconnu avoir posé ses mains sur la fameuse vitre, et qui a déjà quatre condamnations à son casier pour conduite en état d'ivresse et/ou violences. Une peine de 100 jours-amende à cinq euros (soit 500 euros d'amende) a été requise contre les autres.

Délibéré dans 15 jours

Me Breham a fait remarquer au tribunal, présidé par Claudine Bucher, que la procureure n'avait «pas été capable de nous dire qui était dans cette chaîne» qui aurait abouti au «décollement» de la vitre. «On ne sais pas qui a poussé, si tant est que quelqu'un ait poussé!» Or «le doute profite aux mis en cause». D'autant, a-t-il rappelé, qu'il est établi que deux prévenus n'étaient pas dans le fourgon. Et pour cause, l'un d'eux était à quelques kilomètres de là, chez son médecin!

Quant à Séverine qui «a eu l'hônneteté de dire qu'elle a appuyé sur la vitre, on la condamnerait à trois mois pour un joint défectueux?!» s'est étranglé l'avocat, avant de pointer «le ridicule de la situation». Délibéré «dans quinze jours».

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