Russie: Les investisseurs s'inquiètent d'un retour de Poutine au Kremlin

Mis à jour le 26.09.11 à 17h44

La candidature de Vladimir Poutine à la présidentielle russe ne ravit pas les milieux économiques. Des investisseurs s'inquiétaient ce lundi des perspectives de la Russie, craignant que le climat d'investissement, déjà peu reluisant, ne se dégrade un peu plus. Le retour à la tête du pays de l'ancien président russe, véritable homme fort de Russie, était certes «largement attendu», observe Chris Weafer, économiste de la banque Troïka Dialog.

«La situation macroéconomique a été reléguée au second plan»

Le Premier ministre russe a annoncé samedi son intention de redevenir président après le scrutin de mars 2012, une élection qu'il est quasi assuré de remporter en l'absence de réelle opposition, et précisé qu'il confierait la direction du gouvernement à Dmitri Medvedev. Le quotidien des affaires Vedomosti estimait lundi que la priorité avait été donnée à la pérennité du pouvoir, «tout le reste étant laissé de côté». «Même la situation macroéconomique, auparavant prioritaire, a été reléguée au second plan», selon le journal.

Vedomosti en veut pour preuve les déclarations du ministre russe des Finances Alexeï Koudrine, qui a indiqué à la surprise générale qu'il ne participerait pas à un gouvernement si Dmitri Medvedev devenait Premier ministre. «Son nom est lié à la garantie d'une stabilité macroéconomique en Russie», soulignait Vedomosti.

Un départ de Alexeï Koudrine pourrait «porter un coup à la réputation de la Russie»

Le ministre jouit à l'étranger de la réputation d'avoir accumulé à bon escient les pétrodollars dans un fonds de réserve destiné à être utilisé en cas de choc et d'avoir ramené la dette publique de la Russie à moins de 10% du Produit intérieur brut, rappellent les analystes de la banque d'investissements Citi dans une note.

Et face à «la vulnérabilité croissante des finances publiques de la Russie», le départ de Alexeï Koudrine pourrait «porter un coup à la réputation de la Russie», estime Tatiana Orlova, de la banque Nomura. Pour l'analyste, «aucune amélioration du climat d'investissement ne peut être espérée dans les prochaines années».

«La fuite des capitaux pourrait s'intensifier dans les mois à venir»

La Russie a en effet fort à faire pour convaincre les Occidentaux de venir investir chez elle, malgré les appels répétés de l'actuel président Dmitri Medvedev qui s'est fait au cours de son mandat le chantre de la modernisation du pays. Signe que ses initiatives peinent à convaincre, la Russie, dangereusement tributaire des revenus du pétrole et gangrenée par la corruption, observe d'ailleurs depuis le début de l'année une fuite impressionnante des capitaux, aux environs de 35 milliards de dollars, soit autant que sur l'ensemble de 2010.

«La fuite des capitaux pourrait s'intensifier dans les mois à venir», prédit Tatiana Orlova. Alexeï Koudrine «nous semblait être la personne capable de restreindre le budget de la Russie après des années de hausse des dépenses (...) et de lancer une difficile réforme des retraites», indique-t-elle encore.

Medvedev invite Koudrine à démissionner

Lundi, face aux inquiétudes exprimées par les milieux d'affaires, Alexeï Koudrine a toutefois tempéré ses propos. «J'ai dit que j'étais prêt à travailler à n'importe quel poste si cela aide à promouvoir les réformes (...) et pas uniquement au gouvernement», a-t-il déclaré dans une interview à la chaîne anglophone Russia Today.

Cela n'a pas empêché Dmitri Medvedev de réagir vertement, sommant Alexeï Koudrine de démissionner ou de confirmer sa loyauté dans la journée. «Si vous n'êtes pas d'accord avec la politique du président, que met en pratique le gouvernement, vous avez une possibilité, démissionner. Si vous estimez qu'il y a des désaccords, vous pouvez signer votre démission ici et maintenant», a déclaré Dmitri Medvedev.

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