Serge Dassault chez les juges dans une enquête pour tentatives d'homicides

Mis à jour le 16.09.13 à 21h15

L'industriel et sénateur UMP Serge Dassault répondra le 2 octobre aux juges d'Evry en tant que témoin assisté dans une enquête sur des tentatives d'homicide qui pourraient être liés à des achats de voix aux élections dans son fief de Corbeil-Essonnes.

Cette commune de l'Essonne, dont le célèbre avionneur de 88 ans fut maire de 1995 à 2009, est l'objet de l'attention de la justice dans deux dossiers. A Paris, les juges enquêtent sur des soupçons d'achats de voix. A Evry, leurs collègues tentent d'élucider deux tentatives d'homicide. La justice n'a pour l'heure pas établi de lien entre les deux affaires.

Le 19 février, un boxeur amateur de 32 ans était grièvement blessé par balles en plein centre de Corbeil-Essonnes. Le tireur a agi au vu et au su de nombreux témoins. Ce chef d'entreprise au passé de voyou, qui fut proche de la majorité municipale sous Dassault, est en fuite à l'étranger.

En janvier, un autre habitant avait déjà été victime d'une tentative d'homicide. Il avait confié plus tard sa certitude que ces deux tentatives étaient liées à un différend sur la distribution des fonds versés à des gens ayant participé à la campagne victorieuse.

Dimanche, Mediapart a rendu public trois extraits d'un enregistrement clandestin réalisé, selon le journal en ligne, en novembre 2012 dans le bureau de Serge Dassault à Corbeil-Essonnes par deux hommes, qui devaient être la cible des coups de feu quelques semaines plus tard. Le site explique avoir pu en écouter l'intégralité et avoir authentifié la voix du milliardaire.

«Là, je ne peux plus rien donner. Je ne peux plus rien sortir, c'est interdit (...) Je suis surveillé par la police», «Moi, j'ai donné l'argent. Je ne peux plus donner un sou à qui que ce soit», «Moi, j'ai tout payé, donc je ne donne plus un sou à qui que ce soit. Si c'est Younès (ndlr: l'homme soupçonné pour la deuxième tentative d'homicide), démerdez-vous avec lui», entend-on.

Hors de toute démarche électorale

Dans un communiqué, les avocats de Serge Dassault, Mes Jean Veil et Pierre Haïk expliquent que leur client est «l'objet, depuis plusieurs années, de demandes pressantes de remise d'argent par divers individus qui avaient été informés de sa générosité en faveur des actions philanthropiques et qui justifient les dépôts de plainte qu'il a effectués». Il lui est arrivé «d'accorder un soutien financier, mais toujours en dehors de toute démarche électorale», selon les avocats.

«Malheureusement, certains individus se sont acoquinés pour tenter de contraindre monsieur Serge Dassault à leur remettre des fonds. Afin de mettre un terme à ces exigences, parfois très insistantes, monsieur Serge Dassault avait pris pour parti de répondre systématiquement qu'il ne donnerait plus d'argent à qui que ce soit», expliquent les avocats.

Ils s'offusquent de la publication par Mediapart d'un «enregistrement pirate destiné à le faire chanter pour lui extorquer des fonds» et du choix de diffuser des «morceaux choisis, sortis de leur contexte».

Dans le dossier d'Evry, le Sénat avait refusé début juillet pour «défaut de motivation» de la demande, de lever l'immunité parlementaire de Serge Dassault, que les juges souhaitaient entendre en garde à vue. Le successeur et bras droit à Corbeil-Essonnes de M. Dassault, Jean-Pierre Bechter, avait été placé en garde à vue avant d'être relâché sans poursuite.

L'élection municipale de 2008, qui avait vu la réélection de Serge Dassault, avait été invalidée en 2009 par le Conseil d'Etat pour des dons d'argent que l'industriel a toujours contestés. Son bras droit Jean-Pierre Bechter lui avait succédé en 2010, une élection qui, relèvent Mes Veil et Haïk, n'a jamais été contestée.

«Une nouvelle fois, l'élection municipale a été tronquée. La démocratie est empêchée de fonctionner. La République ne peut pas l'accepter», a de son côté réagi l'opposant municipal Bruno Piriou.

© 2013 AFP
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