Affaire Saipem: L'enquête italienne se focalise sur un intermédiaire français

Mis à jour le 08.02.13 à 20h44

Les perquisitions menées jeudi chez l'administrateur délégué de l'Eni, Paolo Scaroni, ont pour origine une rencontre qu'il a eue avec un intermédiaire français soupçonné d'avoir distribué des pots-de-vin pour obtenir des contrats en Algérie pour Saipem, filiale de l'Eni au centre d'une affaire de corruption. L'Eni, le plus grand groupe coté en Italie, est le principal exploitant étranger dans le secteur de l'énergie en Algérie, d'où la Péninsule importe 30% de son gaz.

La justice enquête sur huit contrats remportés entre 2007 et 2009 par Saipem, le numéro un européen des services pétroliers détenu à 43% par l'Eni. Le parquet de Milan a ouvert jeudi une enquête pour «corruption internationale» visant Paolo Scaroni, dont le domicile et les bureaux ont été perquisitionnés. Le patron de l'Eni a reconnu avoir rencontré fugitivement Farid Noureddine Bedjaoui, un Français né en Algérie qui selon le mandat de perquisition dit avoir versé 198 millions d'euros de dessous-de-table à la compagnie nationale algérienne Sonatrach pour obtenir des contrats d'un montant total de 11 milliards de dollars (8,2 milliards d'euros). Paolo Scaroni lui-même n'est pas accusé de malversation.

Rencontre furtive à Paris

D'après le parquet de Milan, les pots-de-vin ont été payés par des filiales de Saipem à une société appelée Pearl Partners Limited, basée à Hong Kong et dont Bedjaoui a bénéficié. Toujours selon l'enquête, Scaroni, avec le directeur de l'Eni pour l'Afrique du Nord, Antonio Vella, aurait rencontré Bedjaoui et l'ex-ministre algérien de l'Energie Chekib Khelil dans un hôtel parisien.

«La rencontre visait à obtenir un ordre (...) pour accroître la profitabilité du gisement de Menzel Ledjemet Est (MLE)», lit-on dans le mandat de perquisition. Scaroni, qui avait plaidé coupable dans le scandale de corruption de Tangentopoli dans les années 1990 - à l'origine de la chute des partis politiques de l'Italie d'après-guerre - n'a pu être joint dans l'immédiat mais il a assuré au journal La Repubblica qu'il n'avait que brièvement croisé Bedjaoui.

«Je n'ai rencontré cette personne qu'une fois dans ma vie et juste pendant quelques minutes», a-t-il dit. «Il m'a été présenté comme étant le secrétaire spécial du ministre algérien de l'Energie. Il m'a accompagné, et je ne l'ai plus jamais revu.»

L'Eni avait assuré jeudi que le groupe et son administrateur délégué étaient "totalement étrangers" à l'enquête sur les contrats remportés par Saipem. En décembre, le patron de Saipem, Pietro Franco Tali, et le directeur financier de l'Eni, Alessandro Bernini, ont démissionné après l'ouverture de l'enquête. A l'époque, Saipem avait expliqué que Pietro Franco Tati n'était pas nommément mis en cause mais qu'il quittait ses fonctions pour permettre au groupe de mieux se défendre.

L'action Eni a regagné 0,58% à la Bourse de Milan vendredi au lendemain d'une chute de 4,6%.

Avec Reuters
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr