Sénégal: Inauguration à Dakar du tribunal spécial chargé de juger Habré

Mis à jour le 08.02.13 à 20h29

Le tribunal spécial chargé de juger l'ex-président tchadien Hissène Habré a tenu vendredi à Dakar sa séance inaugurale, ouvrant la voie au premier procès d'un ancien chef d'Etat par un pays tiers pour violation des droits de l'homme. Hissène Habré, qui est âgé de 70 ans, va faire l'objet d'une enquête judiciaire pour le meurtre et la torture de 40.000 Tchadiens lors de ses années au pouvoir à N'Djamena (1982-1990).

La phase préliminaire du procès, qui comprend une instruction conduite par quatre magistrats, doit durer 15 mois. Elle sera vraisemblablement suivie d'un procès en bonne et due forme en 2014 sous la présidence d'un juge qui sera désigné par l'Union africaine. On reproche notamment à l'ancien chef d'Etat tchadien d'avoir utilisé sa police secrète de sinistre réputation, la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), pour harceler et parfois éliminer ses adversaires politiques et des groupes ethniques rivaux après le coup d'Etat militaire qui l'a porté au pouvoir. Hissène Habré vit en exil depuis 22 ans au Sénégal après avoir été déposé par l'actuel président, Idriss Déby.

«Je suis submergé par l'émotion», a déclaré à la presse le président de l'Association des victimes tchadiennes, Clément Abaifouta, lors de la mise en place de la juridiction au palais de justice de Dakar. «Pendant quatre ans, j'ai langui dans les geôles de Habré où j'ai assisté aux pires atrocités du fait de la DDS.»

Pour Reed Brody, conseiller juridique de l'ONG Human Rights Watch (HRW), l'inauguration des «chambres africaines extraordinaires» plus d'une décennie après l'arrestation de Hissène Habré à Dakar envoie «un message fort aux dirigeants d'Afrique et d'ailleurs, à savoir qu'ils risquent d'être un jour traînés devant un tribunal s'ils commettent des crimes contre leurs propres peuples».

En juillet, la Cour internationale de justice avait ordonné au Sénégal de poursuivre en justice sans délai l'ancien président ou de l'extrader vers la Belgique, où la «loi de compétence universelle» permet de poursuivre des auteurs d'atteintes aux droits de l'hommes commises à l'étranger.

La victoire de l'opposant Macky Sall à l'élection présidentielle d'avril au Sénégal, qui a succédé à Abdoulaye Wade, et la nomination d'une nouvelle ministre de la Justice, Aminata Touré, ancienne militante des droits de l'homme réputée pour sa persévérance, ont également permis d'accélérer la procédure judiciaire.

L'Afrique dispose d'un tribunal des droits de l'homme qui siège à Arusha, dans le nord de la Tanzanie, mais seulement 26 Etats du continent ont ratifié ses statuts.

Avec Reuters
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