VIDEO. Disparition Maëlys: Que sait-on de l'enquête après la mise en examen de Nordahl Lelandais pour meurtre?

JUSTICE Pour le procureur de la République de Grenoble, qui a tenu une conférence de presse jeudi soir, « tout concorde » même si le suspect nie toujours…

Caroline Girardon

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Grenoble, le 30 novembre 2017. Jean-Yves Coquillat, le procureur de la République de Grenoble, a annoncé la mise en examen pour "meurtre" de Nordhal Lelandais, suspecté d'avoir kidnappé et tué la petite Maëlys. JEAN-PIERRE CLATOT

Grenoble, le 30 novembre 2017. Jean-Yves Coquillat, le procureur de la République de Grenoble, a annoncé la mise en examen pour "meurtre" de Nordhal Lelandais, suspecté d'avoir kidnappé et tué la petite Maëlys. JEAN-PIERRE CLATOT — AFP

  • Nordahl Lelandais, suspecté d’avoir enlevé la petite Maëlys, est désormais mis en examen pour « meurtre précédé d’un crime ».
  • Même si le corps de l’enfant n’a pas été retrouvé, « tout concorde », selon le procureur de la République.
  • La fillette était bien dans la voiture du suspect, deux minutes après son enlèvement. Les vidéos des caméras de surveillance l’attestent.

Cette fois, on ne parle plus de « simple » enlèvement. Nordahl Lelandais, 34 ans, soupçonné d’avoir kidnappé la petite Maëlys le 27 août lors d’un mariage auquel il s’était invité, a été mis en examen jeudi pour « meurtre précédé d’un crime », à l’issue de son audition devant les juges d’instruction. Même si le corps de la fillette n’a pour l’instant pas été retrouvé. 20 Minutes fait le point sur les éléments apportés jeudi soir par le procureur de la République de Grenoble.

Une chronologie précise de la nuit. L’emploi du temps du suspect le soir de la disparition de Maëlys, a été passé au peigne fin. « Les enquêteurs se sont attachés à donner une chronologie précise de la soirée et de la nuit », affirme Jean-Yves Coquillat, le procureur de la République. Leurs investigations ont reposé sur des témoignages « à prendre avec réserve », sur des vidéos extraites des caméras de surveillance de la commune de Pont-de-Beauvoisin et sur les analyses effectuées sur un téléphone de Nordahl Lelandais « dont il avait oublié de parler lors de sa première audition ».

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Il a donc été établi que l’ancien militaire avait effectué trois allers-retours dans la soirée entre la salle des fêtes et son domicile, et un aller simple vers son domicile. Les deux premiers ont été faits de 21h49 à 22h08 puis de 22h33 à 23h09, c’est-à-dire avant la disparition de l’enfant. Le troisième, a été réalisé à 2h47, soit deux minutes seulement après que Maëlys se soit volatilisée.

Maëlys enlevée en 37 minutes. Les enquêteurs sont formels sur un point : la fillette a disparu à 2h45, la nuit du 26 au 27 août. « A 2h46 et 12 secondes, Nordahl Lelandais met son téléphone en mode avion », poursuit le procureur. Une minute plus tard, son véhicule est repéré sur l’une des caméras du centre-ville de Pont-de-Beauvoisin. «  On voit une silhouette de petite taille sur le siège passager avant. Elle porte une robe blanche et a des cheveux bruns dénoués », indique Jean-Yves Coquillat.

Une demi-heure plus tard, à 3h24 et 29 secondes précisément, l’Audi A3 repasse dans le sens inverse. « Cette fois, le conducteur est seul ». A 3h25 et 58 secondes, Nordahl Lelandais désactive le mode avion. Son téléphone sera d’ailleurs borné par une cellule relais, près de la salle des fêtes. Ce qui indique que le suspect est de retour au mariage. Il rentrera définitivement chez lui à 3h57, coupant à nouveau son portable.

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La fillette était bien dans la voiture. Là encore, les enquêteurs sont formels sur ce point. « Les photos extraites des bandes-vidéo (qui ont été diffusées à la presse) sont bien moins précises que la vidéo en elle-même. On ne parle pas d’une forme blanche mais bien d’une silhouette que l’on voit clairement », assure le procureur. Pour lui, il n’y a aucun doute : il s’agit de Maëlys. « On peut affirmer que c’est elle. On ne voit d’ailleurs pas qui d’autre ça pourrait être », répond-il, ajoutant que le suspect n’avait jamais mentionné s’être fait voler sa voiture. « Il répond simplement qu’à cette heure-là, il était à la salle des fêtes, pris d’un coup de fatigue et qu’il se reposait dans son véhicule ».

Autre certitude : l’Audi que l’on voit sur la vidéosurveillance est bien celle du trentenaire, même si là encore, le suspect nie l’évidence. « Nous prouvons par différentes expertises qu’il s’agit de sa voiture. Des détails le montrent : des autocollants, les jantes mais aussi un défaut d’éclairage sur la partie arrière », résume Jean-Yves Coquillat. Et d’ajouter : « Tout concorde ».

La fillette disparue à jamais ? « Cette affaire ne sera pas complètement résolue tant qu’on n’aura pas retrouvé l’enfant. Il sera difficile de retrouver… son corps, disons-le maintenant, si nous ne savons pas où chercher. Il n’est pas certain que nous y parvenions », lâche le procureur, indiquant que l’instruction se poursuit.

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Durant son audition Nordahl Lelandais a fermement nié, « s’exprimant calmement avec beaucoup de sang-froid » même lorsqu’il a été confronté aux images des caméras de surveillance. « Ses avocats n’ont pas fait non plus d’observation ». Le suspect risque désormais la prison à perpétuité mais jusque-là « il bénéficie de la présomption d’innocence », martèle le procureur, en guise de conclusion.

L’avocat des parents de la petite Maëlys, qui s’est exprimé auprès de BFMTV, a expliqué qu’ils « attendaient des aveux » et sont donc « en colère et déçus ». « Ils avaient la conviction jusqu’à aujourd’hui qu’il y avait des charges accablantes » contre le suspect.