• Un professeur de maths de 31 ans était jugé ce lundi au tribunal correctionnel de Fontainebleau pour « atteinte sexuelle sur mineure de moins de 15 ans ».
  • Il a été condamné à 18 mois de prison avec sursis, assorti d’une obligation de soins et de l’interdiction d’exercer toute activité en contact régulier avec des enfants ou des adolescents.
  • Mais il a été relaxé pour « corruption de mineur »

Pendant des mois, les parents d’Emilie*, 14 ans, ont cru qu’elle vivait une romance avec un garçon de 17 ans. Ils avaient bien remarqué que la collégienne avait changé, « qu’elle se prenait pour une femme ». Impossible d’ignorer les cadeaux, les bouquets de fleurs quasiment quotidiens lors des vacances de la Toussaint. Il y a également ce test de grossesse découvert dans la poubelle. « Elle recevait des lettres avec des petits cœurs, des petits chats, on ne pouvait pas se douter qu’il avait 31 ans », lâche le beau-père de la jeune fille, appuyé à la barre du tribunal correctionnel de Fontainebleau, en Seine-et-Marne. C’est par le coup de téléphone, début novembre, de la mère d’un camarade, qu’ils ont découvert que « l’amoureux de 17 ans » était en réalité son professeur de mathématiques.

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Ce lundi, cet homme à l'allure plutôt juvénile, cheveux en brosse, chemise blanche et pull gris clair, a été condamné à 18 mois de prison avec sursis pour «atteinte sexuelle sur mineur» mais relaxé pour « corruption de mineur », l’infraction n’étant pas suffisamment caractérisée. Sa peine a été assortie d’une obligation de soins et de l’interdiction d’exercer toute activité en contact régulier avec des enfants ou des adolescents. « Il va falloir songer à une reconversion », lâche la présidente du tribunal. Léo T. acquiesce. Avant même d’être condamné, le prévenu a fait une croix sur sa carrière. « Je ne peux pas envisager de me retrouver à nouveau devant une classe », confie-t-il d'une voix calme.

« J’ai perdu le contrôle de la situation »

Tout au long des trois heures d’audience, Léo T. n’a jamais nié avoir eu une relation « inappropriée » avec Emilie, aujourd’hui en attente d’une réponse pour terminer sa 3e dans un nouveau collège. « J’ai complètement dérapé, j’ai perdu le contrôle de la situation », reconnaît-il. Leur « histoire » naît sur les réseaux sociaux. En février 2017, « pour la Saint-Valentin », la jeune fille, qui est alors son élève, lui déclare sa flamme sur Instagram. Il l’éconduit, sans pour autant faire cesser les conversations. « C’est déjà une ambiguïté, tance la présidente du tribunal. Votre rôle, en tant qu’adulte référent, c’est de dire que ce n’est pas possible, de fermer la porte. »

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Petit à petit, les liens se resserrent et à la mi-juin, il lui propose de devenir sa « petite copine » mais « à l’extérieur du collège ». Les relations virtuelles deviennent physiques. Ils se retrouvent dans sa voiture, dans les bois ou dans des chambres d'hôtels. Léo T. fait le pied de grue en bas de chez elle ou des heures de route pour la retrouver pendant les vacances. Elle, fait le mur, ment à ses proches pour ne pas attirer l’attention. « Quand j’étais avec elle, c’était juste ma copine, pas une fille de 14 ans. On s’aimait, on était plutôt heureux ensemble. » 

« Salie et manipulée »

Assise à quelques mètres de lui, Émilie, silhouette frêle et longs cheveux blonds, l’écoute, sans un mot, sans un regard. « Je me sens salie et manipulée », confie-t-elle au tribunal. Il y a trois semaines pourtant, alors que ses parents venaient juste de découvrir la teneur de cette relation, l’adolescente n’a eu de cesse de louer, devant les enquêteurs puis la psychologue en charge de son expertise, la gentillesse et la douceur de son professeur. Elle a supplié sa mère de ne pas porter plainte, a menacé de se suicider s’il était condamné.

Ce lundi, son discours est radicalement opposé. Elle reconnaît avoir été «amoureuse» mais insiste sur les crises de jalousie quand elle voyait ses amis, les insultes quand il apprend qu'elle l'a trompé, évoque une certaine violence verbale. Un tel revirement interroge. Y a-t-il eu une «prise de conscience» comme elle l'affirme ou cette jeune fille fragile est-elle portée par le discours de ses parents? « Vous n’êtes pas coupable ou prévenue, on ne juge pas votre comportement, on veut juste comprendre comment vous en êtes arrivés là », rappelle la présidente, particulièrement pédagogue, pour tenter de démêler dans cette histoire le pourquoi du comment.

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Contrainte morale

Rarement un procès n’aura autant fait écho à l’actualité. Dimanche, Emmanuel Macron affirmait sa volonté de fixer un âge minimum en deçà duquel toute relation entre un majeur et un mineur relèverait du viol ou de l’agression sexuelle. Mais aucune loi n’a encore été votée et, à l’heure actuelle, pour qu’un viol soit reconnu comme tel, il faut qu’il ait été commis sous la surprise, la menace, la violence ou la contrainte.

« On peut se poser la question d’une contrainte morale, lorsqu’une personne est emmurée dans l’impossibilité de consentir à un acte, lorsqu’elle est dans l’incapacité de comprendre ce qu’on attend d’elle », note la procureure. Mais dans le cas d’Emilie, « elle avait une maturité qui la rendait lucide à franchir cet interdit », note la magistrate tout en rappelant que « son professeur n’avait pas le droit de profiter de cette situation d’autorité. » Elle avait requis cinq ans de prison à son encontre, dont 24 mois avec sursis.

* Le prénom a été changé.