Procès du tireur de BFM, Libé et la Société Générale: «J’ai commis quelque chose d’irréparable… mais il faut recontextualiser»

PROCES Abdelhakim Dekhar est jugé depuis ce vendredi par la cour d’assises de Paris pour « tentative d’assassinat »...

Caroline Politi

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Capture d'écran d'une vidéo BFMTV du tireur présumé de «Libération» Abdelhakim Dekhar.

Capture d'écran d'une vidéo BFMTV du tireur présumé de «Libération» Abdelhakim Dekhar. — BFM TV

  • Abdelhakim Dekhar est soupçonné d’avoir ouvert le feu dans les locaux de BFM, Libé et de la Société Générale.
  • Un assistant photographe de 20 ans avait été grièvement blessé.
  • L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Abdelhakim Dekhar ne cherche pas à nier. Il est bien l’homme qui, armé d’un fusil à pompe, a ouvert le feu dans les locaux de BFM TV, de Libération et contre la tour de la Société Générale, en novembre 2013. Il a commis quelque chose « d’irréparable » en blessant grièvement un assistant photographe dans le hall du quotidien. « Un souvenir cauchemardesque », confie, au premier jour de son procès, l’accusé de 52 ans, accoudé contre les parois du box, chemise blanche et cheveux en bataille qui lui donne un petit air de « Doc » dans Retour Vers le Futur. Il est jugé jusqu’à vendredi prochain devant la cour d’assises de Paris pour « tentative d’assassinat » et « enlèvement et séquestration », après avoir brièvement pris en otage un automobiliste.

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« Je voulais une mort romantique »

Pourtant, assure le quinquagénaire, jamais il n’a eu l’intention de tuer ou même de blesser. Ou seulement lui-même. Selon son récit, le but ultime de ce dramatique périple était de mettre en scène son suicide en se faisant abattre par les forces de l’ordre. N’a-t-il pas été retrouvé par les policiers à demi inconscient après avoir ingéré des médicaments ? Cette volonté d’en finir, explique Abdelhakim Dekhar, est consécutive d’une « désespérance ». Au moment des faits, il est au cœur d’un douloureux divorce, la garde de ses deux enfants lui a été « injustement retirée » par la justice anglaise, son frère vient de mourir d’une tumeur non diagnostiquée – un « assassinat », à ses yeux -, il est pris dans les tourments de la crise immobilière anglaise…

« Je ne voulais pas mourir incognito, explique ce militant d’extrême gauche, proche de la tendance libertaire. Certains s’immolent devant Pôle Emploi, je voulais avoir une mort romantique. » Et quoi de plus « romantique » que de mourir pour ses idées ? « Le but était de m’en prendre à la structure et non à l’homme », martèle-t-il à la barre. Mais pourquoi viser des médias et notamment Libération, un quotidien de gauche ?, l’interroge un avocat. « Voir Libération, se faire le chantre du néolibéralisme, c’était pour ma génération incompréhensible. » Et d’invoquer Sartre, le fondateur du journal, et les difficultés qu’ont aujourd’hui les journalistes à faire, selon lui, librement leur travail.

« J’ai subi un traumatisme aussi »

Tout au long de la journée, l’accusé n’a eu de cesse de multiplier les digressions, tant et si bien qu’on a parfois l’impression d’assister à une tribune politique… dans laquelle il se place toujours dans le rôle de la victime. Sa dépression ? A cause de son ancienne compagne « manipulatrice » et de la justice anglaise expéditive. Il a pourtant été condamné pour violences à l’encontre de cette dernière, lui rappelle l’avocat général. Dès qu’il est mis face à une contradiction, l’accusé part dans une logorrhée, cite pêle-mêle Bourdieu et Orwell. « Le néolibéralisme a entraîné l’atomisation de l’individu », lâche-t-il lorsque on lui demande s’il a déjà été violent envers ses parents, comme le rapporte plusieurs de ses frères et soeurs. Même lorsqu’il évoque la blessure du jeune photographe, Abdelhakim Dekhar ne peut s’empêcher d’ajouter : « J’ai subi un traumatisme aussi ». Sans jamais présenter d’excuses.

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