• Abdelkader Merah a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté aux deux tiers, pour «association de malfaiteurs terroriste».
  • En revanche, il n’a pas été condamné pour «complicité d’assassinat».
  • Fettah Malki a été condamné à une peine de 14 ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sûreté aux deux tiers pour «association de malfaiteurs terroriste».
  • Ce dernier a annoncé qu'il allait faire appel. 

L’attente aura duré près de huit heures. Huit heures de débats entre les cinq magistrats de la cour d’assises spécialement composée de Paris, chargée de juger Abdelkader Merah et Fettah Malki.

Après la lecture détaillée des motivations retenues par la cour, le président Frank Zientara a annoncé face à une salle comble un verdict en demi-teinte. Abdelkader Merah a été reconnu coupable, ce jeudi, « d’association de malfaiteurs terroriste criminelle » et condamné à une peine de vingt ans de réclusion assortie d’une période de sûreté des deux tiers.

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Il s’agit de la peine maximum encourue pour cette infraction criminelle. En revanche, il a été acquitté pour les faits de « complicité d’assassinats ». Son coaccusé, Fettah Malki, a lui été reconnu coupable de tous les faits qui lui étaient reprochés. Il a été condamné à une peine de quatorze ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sûreté aux deux tiers. Tous deux seront inscrits au FIJAIT, le fichier judiciaire des infractions terroristes et disposent de dix jours pour faire appel.

Déception et amertume

Il n’y a eu ni cris de joie, ni hurlements de douleur. Beaucoup de larmes silencieuses et un dépit partagé de part et d’autre de la salle. Dépit sur les bancs des parties civiles qui attendaient la reconnaissance de la complicité d’assassinats, persuadées qu’ Abdelkader Merah connaissait les projets mortifères de son cadet. Dépit du côté de la défense qui estime que les éléments permettant de retenir l’association de malfaiteurs n’étaient pas suffisants.

Longuement après l’annonce des peines, les mères de deux militaires tués, Mohamed Legouad et Imad Ibn Ziaten, se sont enlacées, en larmes. Latifa Ibn Ziaten a dénoncé « la naïveté » des juges : « Il a aidé son frère. (…) Il faut qu’on se réveille pour protéger notre pays, nos enfants. Les gens comme lui sont des gens dangereux (…) Dans 15 ans, il sera dans la rue et sera un danger pour nos jeunes, il fera des dégâts ». La sortie remarquée de l’avocat d’Abdelkader Merah, Éric Dupond-Moretti, face à la nuée de caméras plantées aux pieds de la salle Voltaire a provoqué des sifflements. Le pénaliste a annoncé qu’il envisageait de faire appel.

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Idem pour les avocats de Fettah Malki. « Ce qui est décevant c’est de ne pas avoir convaincu la cour qu’on ne pouvait pas le juger comme s’il avait été au courant de l’intention djihadiste de Mohamed Merah. c’est avec une certaine amertume que nous retenons cette décision. Il est effondré qu’on puisse le considérer comme terroriste », a déclaré Me Etelin. Son confrère, Me Martial, juge que Fettah Malki « paie la nouvelle définition du terrorisme ».

Le vol du scooter, la radicalisation et les fichiers audios

La cour a estimé que la participation au vol du scooter T-Max, l’adhésion « intellectuelle » et « idéologique » aux thèses islamistes radicales, la découverte des fichiers audio djihadistes et « l’adhésion de principe au projet de son frère » permettaient de caractériser l’association de malfaiteurs terroriste criminelle. En revanche, le président a souligné qu’aucune preuve matérielle ne permettait de relier Abdelkader Merah à la commission des assassinats de Toulouse et Montauban. « Mohamed Merah a toujours été seul dans la réalisation de ses crimes », a conclu Frank Zientara.

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L’audience est venue clore cinq semaines d’un procès douloureux. Le poids accordé à l’opinion publique, l’émotion écrasante portée par les familles des victimes et l’absence terrible, omniprésente du principal accusé augurent pourtant de ce que seront les prochains grands procès terroristes français.