«Coupable par défaut» selon ses avocats, Abdelkader Merah fixé sur son sort ce jeudi

PROCÈS La cour d'assises spécialement composée chargée de juger Abdelkader Merah et Fettah Malki doit rendre son verdict jeudi...

Helene Sergent

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Dessin d'audience au procès d'Abdelkader Merah et Fettah Malki, le 31 octobre 2017 à Paris.

Dessin d'audience au procès d'Abdelkader Merah et Fettah Malki, le 31 octobre 2017 à Paris. — BENOIT PEYRUCQ / AFP

  • Abdelkader Merah encourt une peine de prison à perpétuité pour « association de malfaiteurs terroriste » et  « complicité d’assassinats ».
  • Fettah Malki, coaccusé du frère de Mohamed Merah, encourt 20 ans de prison pour avoir vendu le gilet pare-balles et le fusil micro-Uzi utilisés par le tueur.
  • Mardi, les avocats des deux accusés ont plaidé l’acquittement de leurs clients.

Tout ou rien. Ce jeudi, Abdelkader Merah sortira peut-être libre du palais de justice de Paris ou chargé d’une peine de prison à perpétuité. Un verdict attendu après un mois d’un procès douloureux et espéré depuis cinq ans par les familles des victimes de Mohamed Merah. Après les réquisitions sévères - les peines maximales ont été demandées - servies lundi par l’avocate générale Naïma Rudloff, la cour a longuement entendu les avocats des deux accusés, Abdelkader Merah et Fettah Malki.

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Jamais au cours de ces 22 journées d’audience, l’accusation n’a paru si précaire. Dénonçant « un procès pour l’exemple », « des coupables par défaut » et des « preuves par le vide », les avocats de la défense ont exhorté les cinq magistrats de la cour d’assises à acquitter leurs clients. Détricotant méthodiquement le dossier, la défense a énuméré les trop nombreuses questions restées sans réponse au terme de l’enquête et de ce procès.

La thèse de la dissimulation

Abdelkader Merah ne l’a jamais caché. Ni pendant l’audience, ni lors de ses interrogatoires. Il ne « reconnaît aucune loi forgée par l’homme », uniquement « celles d’Allah », il est pour la création « d’un état musulman » et favorable au djihad spirituel. Mais le frère aîné au scooter n’est pas renvoyé devant une cour d’assises pour sa radicalité. Il est accusé de « complicité d’assassinats », d'« association de malfaiteurs terroriste », et suspecté d’avoir servi de « mentor », « d’idéologue » à son frère Mohamed. Pendant trois heures face à une salle comble et surchauffée, le plus jeune des trois avocats, Archibald Celeyron, a démoli dans un calme déconcertant la thèse du parquet.

Les avocats d'Abdelkader Merah ont plaidé mardi 31 octobre l'acquittement.
Les avocats d'Abdelkader Merah ont plaidé mardi 31 octobre l'acquittement. - LIONEL BONAVENTURE / AFP

« Pour rendre plus crédible le rôle d’Abdelkader Merah comme chef d’orchestre on va vous soutenir que les frères, du moins l’accusé dans le box, est non seulement un menteur mais il est plus qu’un menteur. Il est adepte d’une technique de dissimulation : la taqiya », lâche-t-il en préambule. Une « ruse » utilisée par le ministère public pour masquer l’absence de preuves selon la défense. Le vol du scooter T-Max, l’achat du blouson utilisé par Mohamed, les rencontres qualifiées de « secrètes » entre les deux frères Merah, tout a été renversé par Me Celeyron.

L’aîné et le cadet se seraient réconciliés ? « Abdelkader ne se rend pas au chevet de Mohamed à l’hôpital alors qu’il est mourant à son retour du Pakistan », avance l’avocat. Pas plus qu’il ne se rendra au mariage religieux de son frère ou ne sera averti de son divorce quelques semaines plus tard. Lors du vol du scooter, « Abdelkader se trouve à plus de 160 mètres, il ne voit pas Mohamed (…) il encourt la perpétuité pour le vol d’un scooter qu’il n’a jamais touché ! », s’offusque le pénaliste.

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« Une décision incompréhensible »

Après la démonstration chirurgicale de Celeyron, les deux autres avocats de l’accusé Antoine Vey et Eric Dupond-Moretti ont fustigé un procès soumis au « cortège de chagrin », à « l’opinion publique, cette prostituée qui tire le juré par la manche », à la pression médiatique et aux errements politiques. « On ne condamne pas sur un faisceau d’indices, on ne condamne pas sur une impression, un sentiment (…) Nous avons regardé toute la jurisprudence, de 1990 à 2017, jamais une association de malfaiteurs n’a pu être caractérisée sur des éléments aussi fragiles ! », a martelé Antoine Vey.

Il poursuit : « Nous vous demandons d’acquitter Abdelkader Merah, conscient que pour les victimes, l’opinion publique, ce serait incompréhensible (…) Nous faisons cela car nous pensons ardemment qu’en faisant valoir nos principes et valeurs nous permettrons à nos enfants de vivre dans un monde libre ». L’argument fait vaciller certaines parties civiles, la sœur d’un des militaires tués par Merah quitte la salle. L’audience est suspendue.

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Puis est entré le ténor, qualifié par certains lors du procès de « déshonneur du barreau ». Doucement d’abord puis tonitruant, Eric Dupond-Moretti a plaidé tout en réglant ses comptes avec l’avocate générale, les avocats de la partie civile, le parquet antiterroriste. « Depuis 5 ans on affirme imprudemment, sans preuve, que par défaut, l’artisan de leur malheur est Abdelkader Merah qui se trouve dans le box (…) J’affirme que s’il est ici c’est parce que son frère est mort ! Et j’affirme que si Mohamed Merah était dans le box, il y serait seul ! », pointe l’avocat.

« Si vous condamnez Abdelkader Merah, vous aurez jugé sans doute mais vous n’aurez pas rendu justice »

Après avoir entendu une dernière fois les deux accusés ce jeudi matin, les cinq magistrats à qui revient la lourde tâche de condamner ou d’acquitter se retireront pour délibérer. Une responsabilité immense, écrasante, a insisté mardi Dupond-Moretti : « Si vous condamnez Abdelkader Merah, vous aurez jugé sans doute mais vous n’aurez pas rendu justice. La justice sera morte ou gravement blessée parce que M. le président, nous nous serons couchés. »