• Abdelkader Merah est poursuivi pour « complicité d’assassinats » devant la cour d’assises spécialement composée de Paris
  • Son frère cadet, Mohamed Merah, a tué 7 personnes à Toulouse et Montauban en mars 2012
  • Abdelkader Merah encourt la peine de prison à perpétuité

Ce sont deux portraits bien distincts qu’ont livrés ce lundi Abdelghani et Aïcha Merah. Le frère et la sœur d’Abdelkader et Mohamed Merah ont été tous deux auditionnés par la cour d’assises spéciale de Paris. Poursuivi pour « complicité d’assassinats », Abdelkader est suspecté d’avoir « sciemment » aidé son frère - matériellement et idéologiquement - à commettre les tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012.

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Face aux magistrats, l’aîné des trois frères et la grande sœur du tueur au scooter ont dépeint une famille ancrée dans la violence, l’un faisant porter aux parents et à Abdelkader la responsabilité des actes de Mohamed, l’autre dédouanant ses proches en totale opposition avec la version d’Abdelghani.

« La haine du juif »

Tee-shirt rose, sacoche en bandoulière et crâne rasé, Abdelghani est le premier à entrer dans la salle d’audience bondée. Son visage, presque connu de tous, s’est affiché dans les médias peu de temps après les assassinats perpétrés par son petit frère. L’homme ancien toxicomane et alcoolique s’est engagé depuis dans la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme islamiste. Devant la cour, il a longuement énoncé les noms et les âges des sept victimes avant de dresser une description particulièrement sévère de son frère présent dans le box et de sa famille.

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« J’ai grandi dans une famille qui cultivait la haine des juifs, la haine de la France (…) on a été élevé à travers le traumatisme post-colonial et la haine de tout ce qui n’est pas musulman », assène-t-il dès le début de son audition. Reconnaissant la violence qu’il a longtemps exercée sur ses cadets et surtout sur Abdelkader, le grand frère est convaincu que l’accusé a joué un rôle essentiel dans le passage à l’acte de Mohamed Merah. Au début des années 2000, Abdelghani et Abdelkader ont une violente altercation, ce dernier poignarde son aîné à sept reprises. Il sera jugé et incarcéré à la suite de cette bagarre.

Si lors de sa condamnation, le tribunal ne retient pas le caractère antisémite de l’agression, Abdelghani en est certain, son frère l’a blessé à cause des origines juives de sa femme. Bousculé par l’avocat de la défense, Eric Dupond-Moretti, le témoin explose : « C’est à cause de ta juive que j’ai fait ça ! Il l’a dit ! Il l’a dit ! Il l’a dit ! ». « Sadique », « pervers », « prosélyte » et « dangereux », le frère aîné a exhorté la cour à se méfier d’Abdelkader qu’il juge être dans la dissimulation.

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« Vous êtes la coqueluche de l’accusation »

Un discours qu’a tenté de décrédibiliser l’avocat d’Abdelkader Merah. « Vous êtes l’enfant de choeur de cette procédure (…) la coqueluche de l’accusation », a tonné l’avocat, soulignant les différentes versions données par Abdelghani lors de l’enquête. « Mythomane », « opportuniste », le grand frère est un témoin « fragile » a reconnu l’avocate générale insistant pour éclaircir certains points. Deux heures d’interrogatoire au goût amer pour Abdelghani qui a dénoncé à sa sortie « la peur » et la « lâcheté » des habitants des Izards qui « refuseraient de témoigner ».

Puis est venu le tour d’Aïcha, la sœur aînée d’Abdelkader et Mohamed Merah. En rupture familiale avec la quasi-totalité des membres de son entourage, la trentenaire a toutefois confié des éléments troublants par rapport à la version de l’accusation. « Abdelghani raconte beaucoup de choses qui ne sont pas exactes (…) je n’ai pas vécu ça et je n’ai jamais entendu de propos antisémites » de la part de son père ou de sa mère affirme-t-elle. Si elle décrit un « climat de violence » absolu exercé tour à tour par son oncle maternel puis par chacun de ses frères, le portrait qu’elle dresse de l’accusé est en opposition totale avec celui réalisé plus tôt par Abdelghani.

« On a passé un deal »

Angoissée, le souffle court, Aïcha l’a répétée à la cour : des liens entre les uns et les autres, elle sait peut de chose. Partie du domicile familial en 1999, elle se réfugie un temps chez son père qu’elle juge « ouvert et généreux » puis chez sa sœur aînée Souad, chez ses frères parfois, toujours au gré de ses relations houleuses avec les uns et les autres. Au début des années 2000, elle renoue avec Abdelkader : « À l’époque je voyais un psy, lui était déjà dans la religion. Je ne crois pas en Dieu. Lui y croit. On a conclu une espèce de deal, moi je ne devais pas critiquer sa religion, lui mon mode de vie », explique-t-elle.

En revanche, c’est Abdelghani qu’elle charge : « Après les quatre jours de garde à vue de ma mère suite aux faits, on est allé la chercher. On montait dans la voiture et j’ai entendu mon frère lui dire : "sois fière de ton fils, il est mort en moudjahidine" ». Une déclaration que justifiera plus tard Abdelghani par sa volonté de « réconforter sa mère »".

Le 15 mars 2012, elle croisera par hasard Abdelkader et Mohamed Merah dans le quartier des Izards. En froid avec Mohamed qui a été violent avec elle, elle accepte toutefois de dîner avec ses petits frères.

- « Nous sommes le 15 mars, vous croisez Mohamed Merah qui a déjà assassiné trois militaires et blessé très grièvement un quatrième et il n’y a rien qui vous alerte ? », interroge l’avocate générale

- « Non », lâche après un silence la grande sœur.

Le procès doit se poursuivre jusqu’au 3 novembre prochain.