À son procès Abdelkader Merah dénonce un «acharnement»: «Je ne suis pas mon petit frère!»

PROCÈS Pendant cinq heures, la Cour d’assises spécialement composée de Paris a interrogé Abdelkader Merah, accusé de « complicité d’assassinats » dans les tueries de Toulouse et Montauban…

Helene Sergent

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La cour qui accueille le procès d'Abdelkader Merah

La cour qui accueille le procès d'Abdelkader Merah — ERIC FEFERBERG / AFP

  • À l’occasion de cette dernière journée de la 2e semaine de procès, le tribunal est longuement revenu sur les circonstances du vol du scooter T-Max par Mohamed Merah.
  • Son frère Abdelkader était présent dans la voiture lorsque Mohamed Merah a décidé de voler le deux-roues.
  • C’est ce scooter que le tueur a utilisé en mars 2012 pour assassiner sept personnes, trois militaires, un enseignant et trois enfants juifs.

Régulièrement, il ôte ses lunettes, se frotte les paupières. Seul signe d’une lassitude après cinq heures d’interrogatoire devant la Cour d’assises spéciale de Paris. Ce vendredi, Abdelkader Merah, accusé d’avoir « sciemment » aidé son frère à préparer les tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012, n’a pas flanché.

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Un sang froid dont il ne s’est départi qu’à de rares occasions face à la pugnacité de l’avocate générale, Naïma Rudloff. Comme prévu par l’agenda très compartimenté établi par le président, la Cour s’est penchée sur le déroulé du vol par Mohamed Merah du scooter T-Max survenu le 6 mars 2012. La présence d’Abdelkader Merah pendant ces faits est l’un des piliers de l’accusation.

« La haute bourgeoisie, c’est différent du monde de la rue ! »

L’accusé connaissait-il les projets mortifères de son frère et l’a-t-il sciemment laissé voler le deux-roues utilisé lors de ses attaques ? À ces questions, maintes fois répétées par la partie civile cet après-midi, il n’a cessé de nier, louvoyant souvent et jouant avec le calendrier du procès.

Le 6 mars 2012, l’homme « croise » son frère « au quartier » qui l’informe vouloir acheter un blouson de motard. Lui-même propriétaire d’une moto et amateur de « grosses cylindrées », Abdelkader Merah lui propose de se rendre dans une boutique d’accessoires qu’il a l’habitude de fréquenter. Au passage, il embarque un ami, Walid Larbi-Bey, et tous les trois s’y rendent en voiture. « On part, je conduisais sa Clio et d’un coup mon frère me dit "arrête toi !" », explique l’accusé. Il s’exécute, Mohamed Merah descend, les deux hommes restent « discuter » dans le véhicule. « Et subitement je vois mon frère passer sur un scooter sans casque, on était stupéfait », ajoute Abdelkader.

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Sommé par son ami de le suivre « au cas où un justicier voudrait intervenir », Abdelkader Merah assure avoir voulu faire demi-tour. Quelques instants plus tard, les frères Merah se retrouvent aux Izards, l’aîné visiblement peu choqué par le larcin de son cadet. « Votre monde (…) est différent du monde de la rue. C’est vrai si quelqu’un de la haute bourgeoisie voit ça, il va appeler directement le 17 ! Nous c’est pas ça ! », se justifie-t-il.

Interrogé sur son inaction lors du délit et sur la compatibilité du geste avec sa foi, Abdelkader Merah assène « en tant que musulman, ce vol, ça a été un moment très désagréable pour moi, mais j’étais pris en otage ! ». La partie civile rebondit : « Si vous savez qu’une personne a commis un délit, et même si elle est musulmane (…) la doctrine salafiste n’autorise-t-elle pas à le dénoncer à une autorité non religieuse ? » - « C’est une question sur la religion ça, y’aura un jour spécial pour parler de religion", esquive Merah faisant référence à l’interrogatoire prévu le 20 octobre prochain dédié à sa conversion.

« Il doit se retourner dans sa tombe »

Problème pour l’accusé, le seul homme capable de confirmer sa version, le « 3e homme » qui a assisté au vol, est mort. Walid Larbi-Bey a été assassiné à Toulouse en 2014 dans le cadre d’un trafic de stupéfiants. D’autant qu’Abdelkader Merah n’a jamais voulu révéler son nom lors de l’instruction, avant de le donner une fois son ami décédé. « J’ai dit aux enquêteurs que j’étais présent pendant le vol du scooter et je me suis retrouvé incarcéré et à l’isolement » s’insurge l’accusé expliquant avoir voulu épargner Larbi-Bey.

- « En réalité il est très pratique pour vous, Larbi-Bey », lâche l’avocate générale.

- « Madame, il est mort… », s’offusque Abdelkader Merah.

- « Justement ! Vous l’avez accusé une fois qu’il est mort (…) il doit se retourner dans sa tombe ! ».

Les heures passent, chaque nouvelle question fait l’objet d’une saillie de l’avocat de la défense, Eric Dupond-Moretti, les familles des victimes quittent la salle. Acculé, Abdelkader Merah fini par éclater : « Je ne suis pas Mohamed Merah, je suis Merah Abdelkader ! Je vois depuis le début du procès que tout le monde me saute dessus ! Mais je ne suis pas mon petit frère ! ».