Procès de la voiture de police brûlée: Un délibéré sous tension, des manifestations déjà prévues

PROCES Le parquet a requis des peines allant de un an de prison avec sursis à huit ans ferme…

Caroline Politi

— 

La voiture de police en feu, quai de Valmy à Paris (10e), le 18 mai 2016.

La voiture de police en feu, quai de Valmy à Paris (10e), le 18 mai 2016. — Francois Mori/AP/SIPA

  • Le 18 mai 2016, des manifestants s’en sont pris à deux policiers en marge d’une manifestation contre la « haine anti-flic ».
  • Cinq des neuf prévenus sont poursuivis pour « violences aggravées sur policiers en réunion ».
  • Le jugement est attendu ce mercredi matin.

Pendant cinq jours, la tension n’est quasiment jamais retombée dans la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. A la mi-septembre, se tenait dans cette chambre habituellement dévolue aux affaires de terrorisme, le procès dit de « la voiture de police brûlée ». Les images du véhicule sérigraphié en flamme sur le quai de Valmy, dans le 10e arrondissement de Paris, et de Kévin Philippy, adjoint de sécurité, esquivant les coups avec ses avant-bras avaient fait la Une des médias du monde entier. Des peines allant d’un an de prison avec sursis à huit ans ferme ont été requises à l’encontre des neuf prévenus, dont l’un est sous le coup d’un mandat d’arrêt.

>> A lire aussi : «J'ai oublié que derrière l’uniforme, il y avait des hommes»

Le jugement est attendu ce mercredi matin. Et déjà, le spectre de débordements plane. Plusieurs collectifs antifascistes ont appelé à un rassemblement à 9 heures devant le palais de justice, soit une heure avant le rendu du délibéré. Un autre rassemblement, « pour accueillir le délibéré comme il se doit dans la rue » est prévu en fin de journée dans le quartier de Ménilmontant (20e arrondissement).

Le sort d’Antonin Bernanos suivi de près

La peine prononcée à l’encontre d’Antonin Bernanos, considéré par le parquet comme l’un des leaders de la protestation, sera particulièrement suivie. Le parquet a requis cinq ans de prison, dont un avec sursis, à son encontre. L’arrière-petit-fils de l’écrivain, étudiant en sociologie, n’a jamais fait mystère de son militantisme dans les milieux antifascistes, ni même de sa participation à la manifestation interdite, mais nie avoir un quelconque lien avec l’agression.

Un témoin sous X – qui se révélera être un policier des renseignements – assurait l’avoir vu décocher des coups de pied et de poing à l’adjoint de sécurité puis tenter de briser le pare-brise arrière avec un plot de stationnement. Il précisait l’avoir vu se grimer, enfiler un cache-col, dissimuler son sac sous un k-way… Mais son témoignage avait été affaibli par plusieurs approximations. Dans une démonstration, aussi théâtrale que convaincante, son avocat Me Arié Alimi avait souligné qu’au moins une quinzaine de profils pouvait correspondre à la description de son client. Ses arguments auront-ils plus d’écho auprès du tribunal que du parquet ?

De nombreux débordements 

Dans son réquisitoire, particulièrement sévère, le ministère public a évoqué un « procès de casseurs », balayant d’un revers de main les accusations de « procès politique ». Dans un contexte particulièrement tendu lié aux violences en marge des manifestations de la loi travail, Manuel Valls, alors Premier ministre, avait réclamé des « sanctions implacables » contre « ceux qui veulent se payer du flic ». Le soir même, Antonin Bernanos, son frère et deux autres personnes étaient interpellés. « Où se trouvent les fascistes et les extrémistes quand on combat la police, la justice, les journalistes ? », a interrogé le magistrat.

L’annonce des réquisitions avait été suivie de huées, insultes et menaces de la part des militants antifascistes venus soutenir les prévenus. « Flics violeurs assassins », « Tout le monde déteste la justice/police/les journalistes »…ont-ils scandé. Des journalistes avaient également été pris à partie.

Dès son ouverture, le procès a été marqué par de nombreux incidents. Le premier jour, le chahut a été tel que les audiences avaient été reportées au lendemain. L’ambiance s’était tendue lorsque la centaine de personnes venue en soutien aux prévenus, s’est aperçue qu’elle ne pourrait accéder à la salle. Masser contre les barrières, ils ont hué, invectivé et insulté les gendarmes chargés d’assurer la sécurité à l’entrée puis les journalistes, qui ont, pour une partie, pu accéder aux bancs qui leur sont réservés. A l’intérieur de la salle, les avocats de la défense avaient, quant à eux, dénoncé les conditions de travail indignes. La suite des débats s’est tenue dans un calme relatif, parfois interrompu par une clameur venue de l’extérieur ou un coup d’éclat contre un membre du public jugé « hostile » aux prévenus.