Affaire Fiona: «Je n’ai jamais maltraité mes enfants», lâche Cécile Bourgeon

PROCÈS Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf sont jugés en appel, au Puy-en-Velay, pour les violences ayant entraîné la mort de la petite Fiona, en 2013…

Vincent Vantighem

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Le Puy-en-Velay (Haute-Loire), le 09 octobre 2017. Cécile Bourgeon est amenée à la cour d'assises pour le procès en appel de l'affaire de la petite Fiona.

Le Puy-en-Velay (Haute-Loire), le 09 octobre 2017. Cécile Bourgeon est amenée à la cour d'assises pour le procès en appel de l'affaire de la petite Fiona. — JEFF PACHOUD / AFP

  • Le procès en appel de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf s’est ouvert.
  • Ils nient tous les deux avoir porté des coups ayant entraîné la mort de Fiona.
  • Le procès doit se tenir jusqu’au vendredi 20 octobre où le verdict sera rendu.

Au Puy-en-Velay (Haute-Loire),

Il a commencé par s’asseoir tout au fond du prétoire. Et puis, à la première suspension d’audience, Nicolas Chafoulais s’est avancé. Et il s’est positionné juste en face du box. Juste en face de Cécile Bourgeon et de Berkane Makhlouf. « Je voulais voir leurs yeux… », confie le père de la petite Fiona.

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Peine perdue. Jugés pour violences volontaires ayant entraîné la mort de la fillette de 5 ans sans intention de la donner, les accusés ne lui ont jamais adressé un regard au premier jour de leur procès en appel devant la cour d’assises de la Haute-Loire, au Puy-en-Velay. Elle, le visage dissimulé sous ses longs cheveux blonds quand il n’est pas enfoui dans ses mains. Lui, le regard perdu dans le vague.

Une atmosphère bien moins électrique qu’il y a un an

Impassibles. Aux six gendarmes costauds chargés de les encadrer. Aux circonstances qui les ont conduits là. Et à l’émotion suscitée par le verdict rendu en première instance, en novembre 2016, à Riom (Puy-de-Dôme). « Nous reprenons tout à zéro », lâche alors Etienne Fradin, le président de la Cour d’assises, comme s’il fallait se débarrasser immédiatement de l’hystérie qui avait collé au premier procès.

Cela semble être le cas. C’est dans un prétoire calme et peu garni que le président a lu le résumé des faits qui leur sont reprochés. « Nous sommes le dimanche 12 mai  2013, il est 18h30… » La suite est connue. Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf déclarent la « disparition » de la petite Fiona dans un parc de Clermont-Ferrand. Trois mois plus tard, ils avouent finalement qu’elle est morte et qu’ils l’ont enterrée « nue et sans un doudou » aux abords d’une forêt.

Berkane Makhlouf est « écœuré d’avoir pris 20 ans »

Officielles ou farfelues, les recherches n’ont jamais permis de retrouver le corps de Fiona. Mais pour Etienne Fradin, il est « acquis » que la fillette est décédée des suites des coups qu’elle a reçus. Reste à savoir qui les a portés. Il y a un an, lors du premier procès, c’est le seul Berkane Makhlouf qui a été déclaré coupable de ces faits.

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« Je suis écœuré, attaque-t-il alors qu’on lui donne la parole. J’ai pris vingt ans de réclusion criminelle. Alors que j’ai jamais tué Fiona ! Cécile a menti. Je le dis, Cécile a mis des coups à Fiona… Même si je ne pense pas que ce soit ça… Je ne suis pas médecin légiste. »

Cécile Bourgeon, non plus. Mais elle n’a pas besoin de ça pour savoir que son ancien compagnon peut, lors de ce procès en appel, l’entraîner vers le fond s’il se montre moins compatissant à son égard qu’il y a un an. Alors, elle se défend. « Je reconnais les délits*. Mais je n’ai jamais maltraité mes enfants. J’étais suivi par la PMI [Protection maternelle et infantile] pour apprendre à allaiter… »

« J’ai pris perpétuité. Fiona ne reviendra jamais. »

Et comme s’il fallait rétablir une forme d’emprise sur Berkane Makhlouf, lui souffler le discours à tenir lors des quinze prochains jours, elle enchaîne alors : « Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on était vraiment dans la drogue. On n’était plus nous-mêmes. On était polytoxicomanes, hein ? »

Satisfaite d’avoir été « entendue » lors du premier procès, l’accusée récite alors un discours visiblement préparé par ses avocats. « De toute façon, j’ai pris perpétuité. Fiona ne reviendra jamais. La seule question, c’est "Est-ce que je vais arriver [à m’en relever] ?" »

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L’audience est suspendue. Nicolas Chafoulais sort du palais de justice pour griller une cigarette. « Tout ça, c’est que des salades ! », commente-t-il les yeux déjà rougis. Le procès doit se poursuivre jusqu’au 20 octobre. Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf encourent trente ans de réclusion criminelle.

Suivez le procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem

* En première instance, Cécile Bourgeon a été condamnée à cinq ans de prison pour quatre délits : non-assistance à personne en danger, modification d’une scène de crime, recel de cadavre et dénonciation mensongère. Elle a été acquittée des faits criminels.