Obus nazi découvert dans l'Idaho: «Il s’agit à l’évidence d’un "souvenir" rapporté au pays par un GI»

INTERVIEW Un obus nazi a été retrouvé dans l’abri de jardin d’une habitante de l’Idaho, aux Etats-Unis. Discussion avec l’historien de la Seconde Guerre mondiale Claude Quétel pour résoudre ce mystère…

Marie Lombard

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Comment un obus nazi de la Seconde Guerre mondiale a-t-il pu arriver dans l'Idaho ( Etats-Unis) ?

Comment un obus nazi de la Seconde Guerre mondiale a-t-il pu arriver dans l'Idaho ( Etats-Unis) ? — Pixabay Skeeze

C’était il y a une semaine. Une femme de l’Idaho (Etats-Unis) nettoyait le cabanon du jardin de ses parents lorsqu’elle est tombée sur un obus de 37 mm gravé d’une croix gammée et datant de 1938. Affolée, elle s’est adressée au Musée d’Histoire local pour savoir ce qu’il convenait de faire de cette arme du Troisième Reich puis a contacté la police. Une équipe de déminage a finalement confirmé qu’il restait de la poudre dans l’objet avant de faire exploser l’obus dans un périmètre de sécurité. Mais si la bombe n’est plus, une question demeure : que venait faire une arme nazie utilisée en Europe dans ce coin des Etats-Unis proche du Canada ? 20 Minutes a interrogé l’historien de la Seconde Guerre mondiale Claude Quétel pour résoudre ce mystère.

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Comment un obus nazi a-t-il pu atterrir au Etats-Unis ?

Il est absolument impossible que cet obus ait été tiré aux Etats-Unis. Il s’agit donc à l’évidence d’un « souvenir » rapporté au pays par un GI collectionneur. L’homme en question, qui était sans doute un ancêtre de la femme ayant découvert l’obus il y a une semaine, a dû l’oublier par la suite dans son abri de jardin. Quant à la croix gammée gravée sur l’arme, elle n’est pas d’origine. Les nazis n’inscrivaient pas ce signe sur leurs munitions. Elle a donc été ajoutée ensuite par le collectionneur.

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La récupération de souvenirs de la guerre était-elle monnaie courante chez les GI ?

Très courante ! Lorsque les dizaines de milliers de GI sont revenus du Pacifique et d’Europe, des dizaines de milliers de « trophées » de l’ennemi ont dû revenir avec eux. Parmi les souvenirs les plus prisés, on trouvait les uniformes nazis, les casques, les armes de poing… Et pour ceux qui n’avaient pas mieux, il restait les petites munitions, telles que l’obus de 37 mm trouvé dans l’Idaho. Tout cela était acheminé clandestinement par bateau avec les GI qui rentraient de mission. Un soldat collectionneur a même trouvé le moyen d’acheter puis de ramener aux Etats-Unis l’une des trois Mercedes d’Hitler ! L’objet est à présent dans la pièce principale du Musée canadien de la guerre d’Ottawa.

Il restait de la poudre dans l’obus, comment un GI a-t-il pu le transporter sans le faire exploser ?

Dans mon livre Le Chien des Boches*, je reviens sur les moments de mon enfance normande où nous jouions avec des armes datées de la Seconde Guerre mondiale. Nous retirions la fusée des obus pour les rendre inoffensifs, nous étions presque artificiers ! Alors je suppose que des GI entraînés savaient pertinemment comment désarmer un tel engin. Sans fusée, l’obus nazi a pu être transporté jusqu’en Idaho sans danger, même s’il restait de la poudre à l’intérieur. Toutefois, l’objet aurait pu être dangereux s’il avait été piégé avec un détonateur et transformé en mine ou s’il avait été mis dans un feu de bois…

* Le Chien des Boches, Claude Quétel, éd. Albin Michel, 2016 (18,50 euros)