Québec: Des frigos en libre-service pour lutter contre le gaspillage alimentaire

CANADA Une vingtaine de frigos ouverts à tous ont été disposés dans les villes québécoises. Chacun peut y déposer ou y prendre quelque chose...

Marie Lombard

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Des frigos solidaires installés dans les villes québecoises

Des frigos solidaires installés dans les villes québecoises — Kamran Jebreili/AP/SIPA

Un frigo en libre-service au bout de votre rue ? Voilà le concept repris par les Québécois pour lutter contre le gaspillage. Des frigos ainsi ouverts à tous ont été disposés dans une vingtaine de villes duQuébec, ils sont déjà plus d’une dizaine dans la seule ville de Montréal. Permettant aux habitants et aux marchands d’y déposer leurs invendus et denrées alimentaires destinées à être jetées, ces gardes-manger sont ensuite à la disposition de tous ceux qui auraient besoin d’y piocher un aliment, que ça soit un bout de pain ou un bocal de condiments. Une sorte de coopérative de particulier à particulier qui se passe de moyens financiers.

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« Beaucoup n’osent pas venir se servir, car ils préfèrent laisser la nourriture à ceux qui en ont le plus besoin », rapporte Christine Adam, à l’origine du Fridge Amherst de Montréal, interrogée par Reporterre. Mais ces frigos solidaires ne sont pas réservés aux plus démunis, tout habitant du coin peut ainsi y jeter un œil en cas de besoin, participant par là même à la lutte contre le gaspillage.

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Du vandalisme et des pillages

Dans les locaux d’une boutique ou sur le parvis d’une église, ces gardes-manger peuvent être placés partout où le besoin se fait sentir. « C’est un moyen de garder active la discussion autour du gaspillage alimentaire », affirme Pascale André, la propriétaire d’une librairie qui accueille un de ses frigos. Ces réfrigérateurs sont remplis en grande partie par ceux qui n’hésitent pas à pratiquer le dumpster diving, cette technique qui consiste à se nourrir à partir d’aliments trouvés dans les poubelles des magasins. Le reste provient d’habitants qui apportent de la nourriture de chez eux ou d’ententes passées avec des commerces du quartier.

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La gestion des frigos peut s’avérer difficile. Ceux installés à l’extérieur doivent en effet faire face au vandalisme, au gel de l’hiver ainsi qu’aux plaintes de voisins qui n’apprécient pas de voir du monde affluer sous leurs fenêtres. De plus, certaines personnes, bien loin du concept de partage incarné par ces gardes-manger, n’hésitent pas à vider entièrement le contenu des frigos pour subvenir à leurs besoins. Christine Adam, qui a choisi d’installer un réfrigérateur dans un centre communautaire pour assurer une présence de bénévoles, souligne que le frigo solidaire « n’est pas une solution pour se nourrir chaque semaine », et tente de rediriger les personnes dans le besoin « vers des services de dépannage alimentaire ».

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40 % de la nourriture gaspillée

Les premiers à avoir installé un frigo au Québec se sont inspirés directement du mouvement Foodsharing, actif à Berlin depuis 2012. Cette initiative a permis d’installer dans la capitale allemande des centaines d’armoires, de caisses et de frigos accueillant des dons de nourritures.

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Malgré la bonne volonté des Québécois, les frigos ne sont pas encore assez nombreux dans les villes. « Idéalement, il faudrait 200 frigos à travers les quartiers de la ville de Montréal » assène Patrick Bodnar, un collègue de Christine Adam interrogé par Reporterre, « Chaque frigo aurait ainsi sa communauté de proximité. » Une évolution qui s’impose, car 40 % des aliments produits au Canada sont gaspillés chaque année tandis qu’en 2016 plus de 137.000 personnes bénéficiaient chaque mois de l’aide d’une banque alimentaire.