Présidentielle: «La vie commune produit de l'homogénéité dans le vote»

INTERVIEW Un sondage de l’Ifop et Wyylde met en exergue une corrélation entre le couple et le vote. Décrytage et explication avec la directrice de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye Céline Braconnier…

Marie Lombard

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Quelle est l'influence du couple dans le choix électoral ?

Quelle est l'influence du couple dans le choix électoral ? — ALLILI/SIPA

L’Ifop a publié mercredi un sondage effectué en partenariat avec le réseau social libertin Wyylde. Ce dernier met en lumière le rôle du couple dans les choix électoraux de ses membres. Il révèle ainsi que le (la) conjoint(e) a une certaine influence sur le vote de son (sa) partenaire, d’autant plus lors des élections présidentielles.

Ainsi, 75 % des répondants affirment appartenir au même bord politique que leur compagnon alors que « seulement 44 % » voteront pour le même candidat que leur moitié à la présidentielle. 20 Minutes décrypte ces données avec Céline Braconnier, directrice de Science Po Saint-Germain-en-Laye et auteure d’Une autre sociologie du vote - Les électeurs dans leurs contextes : bilan critique et perspectives.

Le sondage de l’Ifop indique que 75 % des Français appartiennent au même bord politique que leur partenaire. Comment l’expliquez-vous ?

Ce constat n’est pas nouveau. A l’heure où l’on insiste beaucoup sur l’individualisation du vote, on se rend finalement compte que cela n’est pas toujours vrai. L’homogamie du vote dans une famille, et donc dans le couple, est bien réelle. Cela tient notamment au fait qu’une personne va plus naturellement vers des individus partageant les mêmes valeurs qu’elle, et sera donc plus susceptible de former un couple avec quelqu’un ayant des opinions politiques proches des siennes.

A l’inverse, il se peut aussi que les membres d’un couple ne partageant pas forcément les mêmes valeurs initiallement se rapprochent idéologiquement à force de vivre ensemble. Certaines études montrent ainsi que la vie commune produit de l’homogénéité dans le vote, un rapprochement des opinions.

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Une autre forme d’influence, qui n’est pas abordée dans le sondage de l’Ifop, existe également. Il s’agit de l’incitation à la participation au vote. Le suffrage des présidentielles mobilise souvent plus d’électeurs que les élections territoriales. Cela s’explique en partie par la capacité du couple à augmenter la participation. Ainsi, la partie la plus politisée du couple entraîne son conjoint dans le vote. Il joue le rôle de leader. Ce processus d’incitation est activé par l’intensité des campagnes, retransmises largement à la télé, qui précédant l’élection présidentielle. Le vote reste donc un acte collectif.

Selon le sondage de l’Ifop, « seulement »  44 % des Français voteront pour le même candidat que leur conjoint dimanche. Au vu des 75 % de français qui partagent les mêmes opinions politiques que leur moitié, ce résultat est surprenant. Comment l’expliquez-vous ?

La campagne présidentielle de 2017 a brouillé les repères politiques. Autrefois, le débat était polarisé entre deux concurrents appartenant aux partis traditionnels : la gauche et la droite. Or, cette année, l'offres s'est multipliée avec l'emergence du Front national, de la France insoumise ou encore du mouvement En Marche!. Dans ce dernier cas, les idées sont difficiles à étiqueter et à situer sur l’échiquier politique. Emmanuel Macron peut être perçu par certains comme quelqu'un de gauche ce qui n'est pourtant pas le cas pour d’autres. Résulat, les deux membres d’un couple peuvent appartenir au même bord politique mais voter des candidats différents.

Ce sondage révèle également que 29 % des Français ignorent pour qui leur conjoint votera dimanche. Comment cela est-il possible ?

Il peut s’agir d’un problème éthique : l'un des membres du couple n'assume pas son choix et la révélation de ce dernier peut paraître amorale pour son partenaire. Le fait d’ignorer le choix électoral d’un proche peut aussi s’expliquer par l’absence de discussions autour des enjeux politiques dans les familles peu politisées ou dans celles dont les membres ont des opinions politiques diverses. Ces derniers sont contraints d’esquiver le sujet pour ne pas créer de conflits.

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Étude Ifop pour Wyylde réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 24 au 30 mars 2017 auprès d'un échantillon de 4 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.