Le patron d'un café branché du centre de Lyon refusait mercredi de rendre son établissement non-fumeur, en transformant son opposition à la loi anti-tabac en performance artistique grâce notamment à des décorations à base de photos de mégots.
«Zone d'expérimentation culturelle et sociale»
«Ma démarche est de laisser le débat sur le tabac dans l'actualité. Et le seul moyen, c'est de désobéir et de ramener le débat sur un terrain neutre: artistique», estime Christophe Cedat, 41 ans, propriétaire du Café 203, qu'il a créé en 1997.
Dès l'entrée, des écriteaux préviennent: «Zone d'expérimentation culturelle et sociale - vous vous exposez à un risque de tabagie passive.»
Au mur, sont accrochés des tableaux pop-art à base de photos de cendriers et des citations d'humoristes et de philosophes sur le tabac. Des cendriers sont également ornés de photos de mégots prises depuis octobre par le maître des lieux.
«Je résiste contre le fait que le principe de précaution soit appliqué à tous les produits dangereux en France sauf le tabac: pourquoi l'Etat ne ferme pas le robinet et ne s'attaque pas à la source» (production) plutôt que de ramener le tabagisme «dans la sphère privée» (consommation), interroge-t-il.
Vendre des cendriers pour subventionner les amendes
Le café, ouvert de 7h à 22h, est fumeur sauf entre midi et deux, et les clients présents mercredi plébiscitaient ce choix.
«Je fume très peu mais rien que de savoir que c'est interdit, je vais fumer de plus en plus», affirme Michèle, 43 ans, enseignante, avant d'ajouter: «Ici, c'est la résistance physique, j'adore.»
Françoise 57 ans, retraitée, n'a pas peur de se faire verbaliser. «Par tous les moyens, j'essaierai de ne pas payer ce PV (...) car c'est une chasse aux sorcières intolérable. Je fume, c'est mon problème», estime-t-elle.
Quant au patron du 203, il compte financer les amendes en vendant les fameux cendriers décorés de mégots au prix de 20 euros.