De nombreux mots voient le jour chaque année. Leurs sources sont diverses : les auteurs, les réseaux sociaux, les langues étrangères participent en effet à introduire de nouveaux ajouts dans le vocabulaire français. Parmi eux, le mot « malaisant », qui apparaît un peu partout dans les réseaux sociaux. D’où vient-il ? Convient-il de l’utiliser ? Pourquoi est-il si « malaisant » à entendre ?

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Utilisé pour « désigner un sentiment de malaise [qui apparaît] chez celui qui parle », il peut désigner une image, un film ou même une conversation qui provoque la gêne ou le malaise chez quelqu’un, selon le site linguiste L’oreille tendue.

Le mot est croisé fréquemment sur la blogosphère et les réseaux sociaux, mais n’apparaît cependant pas dans les dictionnaires Larousse et Robert, si bien qu’il demeure incertain de l’utiliser en public. Selon la linguiste Ludmila Bovet, « cet adjectif dérange parce qu’il est formé à partir du participe présent d’un verbe qui n’existe pas : malaiser ».

Merci aux Canadiens

Qui n’existe pas et qui pourtant a été transcrit dès le XVIe siècle par Hedmond Huguet dans son Dictionnaire de la langue française du seizième siècle. Si les causes de sa disparition entre le XVIe siècle et le XXIe demeurent incertaines, la cause de sa réapparition est facile à identifier. Malaiser est un cadeau nous venant tout droit de chez nos amis québecois qui, comme chacun le sait, aiment à se réapproprier les langues française et anglaise pour les mettre à leur sauce. Entendu dans l’émission La Sphère de Radio-Canada et dans le journal  Métro Montréal en 2013 notamment, le mot est ainsi bien présent au Québec de nos jours et apparaît dans certains dictionnaires canadiens en ligne.

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Le fait qu’il n’existe pas dans les dictionnaires français classiques ne veut pourtant pas dire qu’il ne doit pas être utilisé, selon Fabrice Jejcic, contacté par 20 Minutes. Ce linguiste et chercheur au CNRS rapporte que de nombreux mots sont inventés chaque année, dont certains sont répertoriés dans les dernières pages de l’encyclopédie Hachette, consacrées aux termes « en cours de création » dans la société.

Déjà utilisé par une large pluralité de personnes

Une fois repris et « attestés dans la littérature », ces mots trouvent leurs places dans le dico et deviennent « réels ». Il cite pour exemple les mots « rebeu », apparu dans le Petit Robert en 2008, ou encore amarissage et audioguidage, institués en 2005. Alors pourquoi pas « malaiser » puisque ce terme, comme le pointe Ludmile Bovet, « correspond à un besoin » ?

Pour sa part Fabrice Jejcic considère que les mots qui émergent ne peuvent être engloutis par l’ignorance des littéraires et des institutions académiques françaises car les membres de la société continueront de l’utiliser, bon gré mal gré. Il est donc « impossible de s’opposer » à la création d’un terme, c’est pourquoi il juge « inutile de sanctionner l’utilisation du mot "malaisant", puisqu’il est utilisé par une large pluralité de personnes ». Les dés sont jetés, que le mot malaisant soit institué !