Des gens déguisés en Beatles à Mexico le 28 novembre 2015
Des gens déguisés en Beatles à Mexico le 28 novembre 2015 - ALFREDO ESTRELLA AFP

La question est hautement philosophique : qu’est-ce qui fait le bonheur ? Pourquoi les habitants du Ghana ou du Mexique se sentent-ils plus heureux que ceux de la Chine ou de la Jordanie ? La réponse pourrait venir d’un petit élément génétique qui diffère selon les populations, affirment des chercheurs dans une étude.

Moins d’anxiété pour être plus heureux

Les porteurs de cette variation génétique seraient moins sujets à l’anxiété et de ce fait plus enclins à se dire heureux, selon ces travaux publiés dans le très sérieux Journal of Happiness Studies. « C’est la première fois qu’une étude établit que les variations nationales en termes de bonheur ont une composante génétique », affirment ses auteurs Michael Minkov, de l’Université de management de Varna (Bulgarie) et Michael Harris Bond, de l’Université Polytechnique de Hong Kong.

Les chercheurs ont mis en évidence une corrélation entre un taux élevé de gens se disant heureux dans un pays et la présence importante d’une variation génétique dans ces populations. Les pays les plus « heureux » sont ceux où l’on trouve la plus haute prévalence d’un « allèle A », un variant génétique qui empêche la dégradation de l’anandamide, une substance naturelle qui accroît les plaisirs sensoriels et diminue la douleur. Ils se trouvent en Afrique de l’Ouest - Ghana et Nigeria notamment -, et en Amérique latine particulièrement au Mexique et en Colombie.

A l’inverse, les habitants de certains pays arabes (Algérie, Jordanie), qui ont une faible prévalence en allèle A, sont nettement moins enclins à se dire heureux. Mais aussi les populations de l’est de l’Asie, notamment la Chine et la Thaïlande.

La France ne s’en tire pas trop mal

En Europe, les Suédois, qui ont une forte prévalence d’allèle A, se sentent souvent très heureux. La France ne s’en tire pas trop mal. Mais les Italiens et les Espagnols, avec une faible prévalence d’allèle A, ne se disent pas très heureux. « Se sentir heureux, détendu et de bonne humeur ne dépend donc pas de la prospérité et de la sécurité d’un pays », relève le professeur Minkov.

« En fait, la corrélation entre bonheur et sécurité semble même être inverse. Les plus forts taux de meurtres et de vols dans le monde se trouvent dans le nord de l’Amérique latine et en Afrique subsaharienne, ; or c’est là précisément que l’on trouve les gens les plus heureux et les plus détendus », dit-il. « L’une des explications possibles à ce paradoxe serait que pour survivre dans ces sociétés stressantes, vous avez besoin de gènes qui vous aident à affronter ces tensions », ajoute-t-il.

L’exception russe

Toutefois la démonstration des chercheurs ne fonctionne pas pour les Russes, qui ont une prévalence correcte d’allèle A mais ne se disent pas heureux. « Manifestement, leur taux de bonheur bas n’est pas dû à un manque d’anandamide », reconnaissent-ils. Ils invoquent la persistance des problèmes économiques et politiques dans ce pays. Ou un facteur génétique encore inconnu…

Pour leur étude, les chercheurs ont travaillé sur les données du World Values Survey, projet international sur l’évolution des valeurs et des croyances dans le monde. Les chiffres portent sur la période 2000 à 2014.

A noter que l’anandamide, un cannabinoïde, est aussi présent en faible quantité dans le cacao… La clé du bonheur se trouve peut-être aussi dans le chocolat.

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