Les chimpanzés sont des cuisiniers en puissance, selon une étude

ANIMAUX Des chercheurs ont montré que les chimpanzés ont des capacités cognitives qui feraient d'eux de bons cuisiniers...

N.Beu. avec AFP

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Jeune chimpanzé mange dans un Ficus natalensis. Kibale National Park, Ouganda.

Jeune chimpanzé mange dans un Ficus natalensis. Kibale National Park, Ouganda. — Jean-Michel Krief

Un chimpanzé peut-il gagner «Top chef»? Si on n'en est pas encore là -même si l'on serait curieux de voir l'épreuve en famille- une étude scientifique publiée mercredi assure que ce singe possède certaines capacités cognitives nécessaires pour cuisiner: un goût pour le cuit, une dose de patience, du discernement, une aptitude à anticiper.

«Si notre plus proche parent possède ces compétences, on peut penser que dès que les premiers hommes ont réussi à domestiquer le feu, ils ont pu commencer à cuisiner», considère Felix Warneken, du département de psychologie de Harvard University (Etats-Unis), un des auteurs de l'étude. «Evidemment, les chimpanzés ne maîtrisent pas le feu», pointe Alexandra Rosati, de l'Université de Yale, l'autre psychologue de l'étude publiée dans Royal Society Proceedings B. «Mais nous nous sommes intéressés à d'autres aspects, par exemple la capacité de comprendre que si vous posez de la nourriture crue sur du feu, vous obtenez des aliments cuits», souligne-t-elle dans un communiqué.

Des expériences au Congo

De nos jours, cuisiner paraît simple: allumer sa gazinière ou ses plaques électriques et c'est parti. Mais pour les premiers hommes, qui se nourrissaient en partie de tubercules, il fallait mobiliser d'importantes perceptions cognitives pour réaliser que cuire la nourriture la rendait meilleure et plus digeste. La cuisson des aliments pourrait avoir joué un rôle clef dans l'évolution humaine en rendant la nourriture plus assimilable et en permettant à l'homme d'en tirer davantage d'énergie, un élément clef pour le cerveau.

Les deux scientifiques se sont rendus en République du Congo pour mener leurs expériences au sanctuaire de chimpanzés (Pan troglodytes) de Tchimpounga géré par l'Institut Jane Goodall. La première expérience a permis de confirmer que les chimpanzés préféraient les aliments cuits. A une très large majorité, ils ont dédaigné les patates douces crues pour pouvoir déguster celles qui avaient été poêlées. Ils sont donc motivés pour apprendre à cuisiner. Les chercheurs ont ensuite testé la patience de nos plus proches cousins. Les chimpanzés avaient le choix entre dévorer un morceau de patate crue immédiatement ou attendre une minute avant de pouvoir déguster trois morceaux cuits. Là encore, le cuit l'a emporté haut la main.

Une certaine science du gourmand

Pour les expériences suivantes, les chercheurs ont utilisé un simili appareil «de cuisson». Ce récipient en forme de bol était doté d'un double fond cachant de la nourriture cuite. Sous les yeux des singes, l'expérimentateur a introduit de la patate crue dans le bol puis l'a agité, et c'est la nourriture cuite qui leur est apparue. Il a fait la même chose avec un appareil de contrôle qui ne donnait, lui, que de la patate crue.

Ensuite les grands singes se sont vu donner un morceau de patate crue. «Nous nous demandions si ils seraient capables de ne pas le manger et de le placer dans l'appareil de cuisson», raconte Alexandra Rosati. A sa grande surprise, la moitié des chimpanzés a opté pour le dispositif de cuisson qui leur redonnait de la patate cuite, plutôt que de manger la patate crue ou de la placer dans l'appareil de contrôle. Preuve qu'ils avaient compris qu'il y avait un processus de transformation à l'oeuvre.

Par la suite, les chimpanzés ont su également glisser des carottes crues dans le dispositif de cuisson mais ils se sont gardés de le faire avec un morceau de bois. «Ils n'utilisent pas au hasard l'appareil de cuisson», souligne la chercheuse. Les chimpanzés ont aussi montré aussi qu'ils pouvaient transporter de la nourriture de quelques mètres vers l'appareil de cuisson. Et certains ont réussi à mettre de côté de la nourriture en prévision d'une cuisson ultérieure.

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