La ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem, en visite dans un lycée de Nantes, le 9 avril 2015
La ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem, en visite dans un lycée de Nantes, le 9 avril 2015 - Jean-Sebastien Evrard AFP

La réforme de toutes les angoisses. Le projet de réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem, adopté le 10 avril par le Conseil supérieur de l'éducation, n'en finit plus de susciter la discorde. Les textes, qui doivent s'appliquer à la rentrée 2016, provoquent l’inquiétude ou le rejet de certains enseignants. 20 Minutes fait le point  après les réponses formulées ce jeudi par la ministre sur RTL.

Qui veut tuer les langues mortes?

L’option effraye enseignants et intellectuels qui depuis plusieurs semaines, multiplient pétitions, tribunes et mobilisations sur les réseaux sociaux, à coups de «#jesuislatiniste».

Une peur relayée par la droite et le centre à l’image de Rama Yade, qui accuse les socialistes de «préférer Jamel Debbouze» à l'apprentissage du latin.

«Non, le latin ne disparaîtra pas», répond la ministre. Selon les chiffres de l'Éducation nationale, près de 20% des élèves choisissent l'option «langues anciennes» en classe de cinquième. Un chiffre qui tombe à moins de 5% au lycée. Un rapport de l'inspection générale de l'Éducation nationale évoquait en 2012 «une marginalisation institutionnelle».

Pour rendre «accessible à tous» le latin et le grec, le ministère prévoit d'intégrer des éléments culturels et linguistiques de latin et de grec aux cours de français. Parallèlement, l'option latin ou grec serait transformée en «enseignement pratique transdisciplinaire»: un travail en groupe sur projet associant plusieurs disciplines.

Une vision «culpabilisante» de l'Histoire?

Sur les programmes, les critiques fusent. Les nouveaux textes sacrifieraient la chronologie et l'enseignement sur le christianisme aux dépens de l'islam. Pour la première fois, certains modules seront facultatifs, comme l’histoire de la Chrétienté au Moyen-Age en classe de 5e.

Mardi, sur Europe 1, le président de l'Association des profs d'histoire-géo, Bruno Benoît, juge cette réforme irresponsable: «Dans une France qui vote FN à 25%, cela peut paraître scandaleux à certains. Les parents vont dire: "on étudie l'Islam en 5e et on n'étudie pas la religion chrétienne"».

«Du grand n'importe quoi», s'agace Najat Vallaud-Belkacem, appelant les parents à  consulter le texte sur le site de l'Education nationale. L'enseignement sur la naissance de l'islam est obligatoire depuis des décennies (programme de 5e) et intervient après les leçons, elles aussi obligatoires, sur la naissance du judaïsme et du christianisme (en 6e).

Autre pomme de discorde, la vision «culpabilisante» de l’Histoire de France, qui privilégierait les conquêtes coloniales ou les traites négrières au détriment de l’enseignement du Siècle des Lumières, devenu facultatif. «Les thèmes laissés au choix de l'enseignant sont des orientations pour aborder de deux manières différentes le thème principal», assure Michel Lussault, président du Conseil supérieur des programmes. «On part du principe que l'on fait confiance aux profs, dans le respect des programmes, et c'est peut-être cela qui gêne certains».

Ces programmes donneront lieu à une consultation auprès de tous les enseignants de France ainsi qu'à des discussions avec syndicats, représentants des différentes disciplines et corps d'inspection, avant d'être validés.

L’enseignement de l’allemand mis en cause?

L’amitié franco-allemande pas épargnée par la réforme des collèges. L’ambassadeur allemand a récemment demandé à voir la ministre de l’Education pour lui faire part de son inquiétude quant aux suppressions des classes «bilangues» (deux langues dès la 6e). Une inquiétude relayée également par l’ancien Premier ministre germanophile, Jean-Marc Ayrault.

«Nous avançons d'un an l'apprentissage de la deuxième langue vivante (LV2)», qui démarrera en 5e et non plus en 4e comme c'est le cas actuellement, ce qui représente 54 heures d'enseignement supplémentaires, a rappelé la ministre. «L'allemand va bien évidemment en bénéficier car elle est souvent choisie en LV2».

Plus d’autonomie dans les collèges

Chaque collège définira, selon les besoins de ses élèves, 20% de son emploi du temps, pour du travail en petits groupes, de l'accompagnement personnalisé pour tous les élèves (trois heures en sixième, au moins une heure pour les autres classes), et à partir de la cinquième de nouveaux Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Les syndicats sont divisés sur cette réforme. «L'interdisciplinarité, c'est un outil, pas le remède miracle qui va remotiver tous les élèves en difficulté», a réagi la Snes-FSU.

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