Royal «plus crédible que Sarkozy pour incarner le changement»

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Publié le 17 novembre 2006.

François Miquet-Marty est directeur des études politiques de l’institut de sondage LH2.

Avant le vote, les adversaires de Royal avaient critiqué le rôle des sondages réalisés auprès des sympathisants PS. Ils prétendaient que ces sondages risquaient d’influencer les militants. Ont-ils eu raison ?
Soyons sincères, oui, les sondages ont influencé le vote. La mémoire du 21 avril 2002 étant très présente : il y a eu un effet vote utile en faveur de la candidate la mieux placée pour battre la droite. Nous avions mené avec LH2 des études il y a un an montrant que la moitié des sympathisants PS qui n’avaient pas voté Jospin en 2002 regrettaient encore leur choix.

Sur le fond, son discours et ses propositions ont-ils aussi porté ?
On ne fait pas 60%, un score faramineux, sans avoir de fond. Les sympathisants de gauche sont préoccupés par l’insécurité, la place de la France dans le monde, l’immigration, l’autorité… Autant de thèmes sur lesquels Ségolène Royal a pris position alors qu’ils avaient constitué des faiblesses pour Jospin en 2002. C’est tout à fait nouveau qu’un leader de la gauche, qui est surtout habituée à parler de prévention, prenne de telles positions sur la sécurité, avec par exemple l’encadrement militaire des jeunes délinquants. Or il y avait une attente. La restauration de l’autorité et de la famille et de l’école est aussi en phase avec les attentes des électeurs de gauche. Ségolène Royal n’est pas seulement une bulle médiatique, elle est en phase avec les électeurs de gauche, et surtout ceux des catégories défavorisées.

Qui incarne le mieux la rupture ? Royal ou Sarkozy?
Ségolène Royal. Elle n’a pas fait partie d’un gouvernement récent, à l’inverse de Sarkozy. Elle a une image d’autonomie par rapport à son parti, Sarkozy est à la tête de l’UMP. Elle montre un plaisir perceptible à faire de la politique, joue davantage sur un registre de séduction, ce qui est nouveau. Sur le thème du changement, elle est donc plus crédible que Nicolas Sarkozy.

La gauche antilibérale est très critique avec elle. Pensez-vous qu’une frange des électeurs de gauche ne se résoudra pas à voter utile pour elle en 2007 ?
Non, je pense qu’elle pourra tout à fait attirer des voix d’électeurs de gauche antilibérale. Certaines de ses prises de positions, comme sur les OGM, sont celles des altermondialistes. Et son discours sur l’autorité est aussi apprécié par les électeurs de la LCR et LO.
Recueilli par Stéphane Colineau
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