«Inside Apple». «Chez Apple à Cupertino, personne n'a le droit de parler de ce qu'il fait»

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Publié le 19 avril 2012.

INTERVIEW - Le livre «Inside Apple - Dans les coulisses de l'entreprise la plus secrète au monde» écrit par Adam Lashinsky, journaliste du magazine «Fortune», est disponible depuis ce mercredi en France. L'éditorialiste revient sur le fonctionnement unique de la firme à la pomme et sur le culte du secret poussé à l'extrême par Steve Jobs...

Adam Lashinsky est éditorialiste pour le magazine Fortune et intervient sur la chaîne américaine Fox News. Il couvre la Silicon Valley depuis plus de dix ans. Son passionnant livre «Inside Apple» sorti au début de l’année aux Etats-Unis vient d’être traduit en français aux éditions Dunod. «20 Minutes» s’est entretenu avec le journaliste.

Vous affirmez qu’Apple est l’entreprise la plus secrète au monde: quand la firme embauche quelqu'un il ne sait pas pourquoi il a été recruté avant son premier jour, personne ne peut se balader à Cupertino comme sur le campus de Google, les employés n’ont pas le droit de parler du projet sur lequel ils travaillent, ni de poser de questions. C’était un sacré défi de vous lancer dans ce livre sur les coulisses d’Apple…

J’ai rencontré des tonnes de gens. La plupart d’entre eux sont des anciens salariés d’Apple, à différentes échelles de la firme. J’ai aussi discuté avec des personnes qui y travaillent encore [ils ont gardé l’anonymat]. Le monde entier est curieux au sujet d’Apple. L’entreprise est tellement fermée, que je me suis dit qu’il fallait absolument raconter cette histoire exceptionnelle.

La première chose que vous faites remarquer dans «Inside Apple», c’est que la firme est à l’opposé des autres entreprises de la Silicon Valley…

Aujourd’hui, dans le monde de l’entreprise, la religion c’est l’ouverture, la transparence, la communication avec les employés et la prise de responsabilités. Les entreprises traitent bien leurs salariés [Google, par exemple]. Apple ne fait rien de tout ça. Les autres entreprises parlent de leurs objectifs, de leurs produits. Mais pas Apple. A Cupertino, personne n’a le droit de parler de ce qu’il fait.

Pourquoi Apple fonctionne-t-elle ainsi?

Dans les années 80, Apple était vraiment mauvais lorsqu’il s’agissait de garder des secrets. Tout le monde savait ce qui s’y préparait. Steve Jobs a décidé qu’il était important pour un fabricant que son produit soit une surprise. Désormais quand Apple prépare quelque chose, le secret est poussé à l’extrême.

Comment qualifieriez-vous l’atmosphère qui règne à Cupertino?

L’endroit lui-même n’a rien d’exceptionnel. Il y a juste de l’herbe, des arbres, des bâtiments. On sent là-bas que règne la détermination. Les gens sont très sérieux.

Dans votre livre, vous expliquez que les employés n’ont pas le droit de parler de leur travail. En même temps, vous affirmez qu’ils restent toujours concentrés et sérieux, ils ne parlent pas beaucoup de leur vie privée. De quoi discutent les gens à la cafétéria, alors?

(Rires) Vous marquez un point. Bon je pense que c’est quand même admissible de parler de ce que vous aimez faire pour vous détendre pendant le déjeuner. En revanche, personne ne parle de son travail s’il ne déjeune pas avec son équipe. Ceci dit, je pense que les salariés mangent rapidement pour retourner à leur travail.

Parmi les révélations qui vous ont été faites durant vos nombreux entretiens avec d’anciens salariés ou des employés actuels d’Apple, qu’est-ce qui vous a le plus surpris?

Ce secret interne. Le fait que les salariés se cachent des choses entre eux, parce qu’ils n’ont pas le droit de révéler ce qu’ils font dans l’entreprise. Ils sont totalement ignorants de tout ce qui se passe chez Apple. Ils ne connaissent que leur projet à eux et rien d’autre. Depuis des années, les employés se rassemblent dans la cafétéria d’Apple pour suivre les keynotes [présentations officielles des produits] en direct sur un écran. Ils les regardent car ils n’ont aucune idée de ce qui va se dire, du produit qui va être présenté. Ils sont comme nous journalistes.

Vous expliquez dans «Inside Apple» que ceux qui ne travaillent pas chez Apple rêvent d’y travailler et que ceux qui y sont n’ont qu’une envie: partir.  Vous décrivez une ambiance austère, des bâtiments ternes, vous dites que personne ne décrit l’endroit comme «agréable» ou ne se dit «heureux».  Comment expliquez-vous que les gens restent dans l’entreprise?

Il y a ce désir de travailler pour l’équipe gagnante. C’est fascinant. Ils travaillent pour une firme qui est profondément différente des autres et ils le savent. C’est excitant,  stimulant et satisfaisant. C’est certainement le plus gros défi de leur carrière. En plus, ceux qui sont là depuis dix ans gagnent vraiment beaucoup d’argent.

Le chapitre 8 d’ «Inside Apple» est consacré à Tim Cook, le successeur de Steve Jobs. Quels sont ses plus gros défis pour les années à venir?

Garder les personnes les plus talentueuses. Beaucoup de ceux qui sont là depuis longtemps sont restés par loyauté envers Steve Jobs. C’est le cas du designer Jonathan Ive et des meilleurs ingénieurs, comme Scott Forstall. Ensuite il va devoir créer les prochains produits magiques. Steve Jobs était un magicien. Il a laissé plusieurs projets dans les cartons, il n’y a pas de doute, pour les trois à cinq prochaines années. Le prochain iPhone par exemple, ou encore sa télévision connectée. Mais après? Troisième défi: affronter les regards. Le monde entier a désormais les yeux tournés vers lui. Je pense qu’il pourra rester quelques années à la tête de la firme. Mais Apple a besoin d’un leader comme Steve Jobs. Personne ne fait l’affaire à l’heure actuelle.

Propos recueillis par Anaëlle Grondin
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