Walter Isaacson: «Steve Jobs avait une intuition extraordinaire»

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Publié le 27 octobre 2011.

INTERVIEW - Le biographe officiel du patron défunt d'Apple se confie à «20Minutes»...

De notre correspondant à Los Angeles 

Disponible depuis mercredi en France, le livre, simplement baptisé Steve Jobs (Lattès), devrait battre des records de ventes. Première et unique biographie autorisée par Jobs, elle révèle un personnage complexe et fascinant. Comme personne avant lui, Walter Isaacson a eu accès à Steve Jobs lors d'une quarantaine d'entretiens, de 2009 jusqu'à quelques semaines avant sa mort. Pour 20Minutes, il revient sur l'expérience.

 

On a entendu tout et son contraire sur l'origine du nom Apple. D'où vient-il exactement?

Il vient bien du fruit. Après avoir travaillé dans un verger dans l'Oregon un été, Steve Jobs est revenu en Californie et a proposé ce nom à Steve Wozniak. Il le trouvait fun, populaire et amical. Surtout, il aimait cette simplicité juxtaposée à la complexité de «computer». Il a dit a ses partenaires «si on ne trouve pas mieux d'ici la fin de la journée, on le garde». Ils n'ont pas trouvé mieux.

 

Avait-il conscience de son statut d'icône quasi-religieuse, et l'appréciait-il?

Oui et non. Il aimait dégager une certaine aura, une image qu'il a renforcée avec son col-roulé noir emblématique «designé» par Issey Miyake. Il voulait un uniforme pour les employés d'Apple, comme chez Sony. Comme tout le monde détestait l'idée, il a adopté cet attirail pour lui-même, en guise de signature. Il aimait provoquer l'excitation en présentant un produit, comme un magicien. Mais c'était bien le produit dont il voulait faire une star. Il n'a jamais vraiment cherché à exploiter ce statut de célébrité. C'était un homme privé, qui préférait passer du temps avec sa famille.

 

Qu'avez-vous appris sur sa relation avec Steve Wozniak?

Il le considérait comme un ingénieur de génie, cinquante fois meilleur que lui. Mais Woziak n'avait pas la niak, et sans doute l'envie, de monter un business, pas le souci du détail, la vision de Jobs. Steve a gardé un grand respect pour lui, «Woz» était invité à chaque présentation de produit Apple. Mais sur la fin, il ne s'agissait pas d'une amitié proche.

 

Et avec Bill Gates?

Il considérait que Gates n'avait aucun goût artistique et pas beaucoup d'imagination. Steve Jobs n'a jamais digéré que Windows ait, selon lui, copié l'interface utilisateur du Mac et se soit imposé auprès du grand public via des droits de licence.

 

Jobs n'a pourtant jamais caché qu'il s'était lui-même grandement inspiré de sa visite chez Xerox...

Oui, mais il considérait qu'il avait transcendé l'idée. Peu de temps après, Xerox a commercialisé un PC qui n'a jamais marché tandis que l'Apple II, puis le Mac, ont changé la donne.

 

Et pour Android, qui était pourtant en préparation avant la présentation de l'iPhone?

Steve pratiquait le zen mais il était furieux. Il avait juré de tout faire pour détruire Android qui a, selon lui, directement copié le look et des fonctions d'iOS. Cela a provoqué un clash avec le patron de Google, Eric Schmidt, qui siégeait au conseil d'administration d'Apple. Jobs considérait que de nombreuses fonctions tactiles, notamment du multitouch, ont été rajoutées après la présentation de l'iPhone.

 

A-t-il exprimé des regrets sur les polémiques autour d'Apple, de la Chine notamment?

Nous n'avons pas vraiment abordé la question. Je pense qu'il était concentré sur le produit final.

 

Les médias se demandent qui sera le prochain Steve Jobs. Avait-il un jeune protégé?

Chez Apple, le chef du design, Jonny Ives, a un pouvoir absolu. Jobs a organisé la hiérarchie pour que Ives n'ait de comptes à rendre à personne. Dans le reste de l'industrie, il admirait Mark Zuckerberg, pour l'entreprise qu'il a réussie à bâtir, et surtout pour ne pas avoir vendu quand il avait des propositions pourtant fort intéressantes.

 

On parle souvent de l'intelligence de Jobs. Qu'est-ce qui vous a marqué en le côtoyant?

Plus qu'une intelligence, il avait surtout une intuition extraordinaire. Le pouvoir de savoir ce que le public veut avant même que celui-ci en ait conscience. Une anecdote: en mettant au point l'iMac avec Jonny Ives, ils ont eu l'idée de lui placer une poignée sur le dessus. C'était pourtant un ordinateur de bureau, pas vraiment destiné à être transporté. Mais Steve Jobs voulait que les gens puissent toucher leur ordinateur, ne pas en avoir peur, réaliser que la machine est là, à notre service. C'est en poursuivant sur cette vision qu'il a mis au point l'iPhone.

 

Travaillait-il sur une télévision?

Oui, ce fut son dernier grand défi, alors qu'il luttait contre la maladie. Il voulait une interface aussi simple que possible, des contenus synchronisés, accessibles tout le temps, sans devoir passer par quatre ou cinq télécommandes. Vers la fin, il m'a dit, sans autre précision: «J'ai trouvé la solution.»

Propos recueillis par Philippe Berry
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