Google était déjà monté au créneau pour soutenir ses partenaires, HTC ou Motorola, poursuivis par Apple et Microsoft. Mais mercredi, Google s'est carrément fendu d'un billet officiel sur son blog, de la main de son juriste en chef, David Drummond. Qui enlève les gants et fait jaser dans la Silicon Valley.
«Le succès d'Android a déclenché une campagne hostile organisée par Microsoft, Oracle, Apple et d'autres compagnies, menée avec des brevets bidon», écrit-il, suivant des déclarations récentes sur le même registre de son président, Eric Schmidt. Selon Drummond, les adversaires «s'allient» pour mettre la main sur des packages de brevets «et s'assurer que Google ne les obtiennent pas».
Il fait références ici à des enchères perdues par Google, notamment celles pour les milliers de brevets de Nortel, vendus lors du dépeçage de l'entreprise télécoms. Google avait d'abord proposé 900 millions de dollars, mais c'est finalement un consortium entre autres composé de Microsoft, Apple, RIM et Sony qui l'a emporté pour 4,5 milliards de dollars, coiffant au poteau les 3,1 milliards offerts par Google.
Selon Drummond, «ils (a priori Microsoft et Apple, ndr) demandent 15 dollars de royalties pour chaque appareil Android vendu», ce qui «rendrait une licence Android, jusqu'ici gratuite, plus chère que Windows Mobile» pour les fabricants de téléphones. A 550.000 appareils Android activés par jour, on parle ici de 3 milliards de dollars par an.
«Au lieu de rivaliser avec de nouveaux appareils et fonctionnalités, ils combattent par des actions en justice. Les brevets ont été créés pour défendre l'innovation; ils sont aujourd'hui utilisés comme une arme pour la stopper», attaque-t-il encore. Le risque, selon lui: que le consommateur doive payer plus cher pour acheter un téléphone Android, et qu'il y ait au final moins de choix.
Le coup de gueule de Google est évidemment opportuniste –l'entreprise se trouvant en position de faiblesse suite aux acquisitions d'Apple et Microsoft. Après tout, Google participait aux enchères. Mais à sa décharge, l'entreprise a jusqu'ici utilisé des brevets comme arme défensive, et pas offensive. Et demande à Washington de se pencher sur les récents deals afin de déterminer s'ils n'étaient pas motivés par des objectifs anti-concurentiels.
Mardi, Barack Obama a réclamé une réforme «d'un système cassé», surtout pour les brevets logiciels. Mais le projet de loi qui devrait être adopté en septembre ne changera a priori que peu la donne.
Via la voix d'un de ses conseillers juridiques: «Google dit que nous avons acheté les brevets de Novell (un autre lot, ndr) pour empêcher Google de les acheter. On leur a proposé de rejoindre notre enchère. Ils ont dit non.», tweete Brad Smith.