Google explique sa philosophie de l'ouverture

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Publié le 24 décembre 2009.

INTERNET - L'entreprise tente de clarifier des positions parfois paradoxales dans un long plaidoyer...

De notre correspondant à Los Angeles
 
Un tour par le récent centre de contrôle Google Dashboard offre un double rappel visuel frappant: Google est partout; et le géant en sait beaucoup sur nous. De quoi pousser l'un des vice-présidents du groupe, Jonathan Rosenberg, à prendre sa plume d'évangéliste pour un passionnant billet, «The meaning of open» («La signification de l'ouverture») publié lundi, où se mêlent philosophie, économie, nouvelles technologies et mauvaise foi.
 
De la taille du gâteau et de la part
 
Entre ses projets Android, Chrome et Chrome OS, Google est devenu l'un des acteurs majeurs de l'open source. Le code est ouvert, accessible à chacun et modifiable par tous «parce qu'à la fin, nous croyons que les systèmes ouverts gagnent», explique Google. Rosenberg oppose «la vieille mentalité» des Microsoft et Apple à celle de Google. Il reconnaît que les systèmes fermés peuvent être «rentables» (et donne l'exemple de l'iPod/iTunes), mais selon lui, le principal gain n'est que pour l'entreprise, et pas pour le consommateur. Or à la fin, seule l'ouverture permet le progrès, estime-t-il.
 
D'un point de vue économique, Rosenberg reprend l'équation de Hal Varian:
  • le gain = (la valeur totale ajoutée à une industrie) x (la part de marché dans cette industrie)
Conséquence –et parce que les maths ne sont jamais aussi bien expliquées que par des gâteaux– une entreprise a deux choix: s'empiffrer avec tout le gâteau et chérir son monopole tel Bilbo son anneau; ou bien faire grandir le marché, «même si cela signifie en avoir une plus petite part». Seconde approche que Google dit avoir choisi en faisant grandir Internet.
 
L'ouverture... jusqu'à un certain point
 
Mais Rosenberg oublie un détail important: pour Google, la réalité ressemble plutôt à «un gros gâteau et une grosse part», avec plus de 60% du marché de la recherche et de celui de la publicité en ligne. Et quand il s'agit son coeur de marché, responsable de plus de 95% de ses revenus, Google est aussi fermé que ses concurrents. Pour l'investisseur Chris Dixon, Google pourra donner des leçons d'ouverture «le jour où il enlèvera les cadenas» sur ses algorithmes de recherche et de placement publicitaire.
 
Rosenberg s'en défend. Selon lui, le but de Google de faire grandir Internet (et de facto on marché publicitaire) ne serait «pas aidé» par un open-sourcing du Graal qu'est pagerank. Au contraire, selon lui, «ce serait la porte ouverte aux manipulations» et la qualité se dégraderait pour l'utilisateur. Pas forcément, répond Joe Wilcox, de Beta News, qui rappelle qu'en ouvrant un système, on récupère plus de bras pour combattre les mal-intentionnés.
 
Don't be evil
 
Il y a comme une sorte de schizophrénie chez Google. D'un côté, le besoin d'affirmer que «les systèmes ouverts gagnent». De l'autre, la réalité de bénéfices amassés grâce à un algorithme jalousement protégé. Un jour, répéter son slogan «don't be evil», l'autre, justifier longuement que la collecte de données personnelles est un mal nécessaire (pour offrir aux annonceurs des pubs ciblées et en retour des services gratuits à utilisateur).
 
«En ligne, la plus importante monnaie est la confiance», affirme Rosenberg. En réalité, les pièces d'or sont plutôt l'information. Mais la confiance reste le meilleur garde-fou pour les utilisateurs. Le jour où Google s'aventurerait du mauvais côté de la barrière, aller chez Yahoo ou Microsoft reste aussi simple qu'un clic de souris.

Philippe Berry
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