La concurrence entre Apple et Samsung n'est pas près de s'arrêter là
La concurrence entre Apple et Samsung n'est pas près de s'arrêter là - Jo Yong hak / Reuters

Anaëlle Grondin

Coup de massue pour Samsung. Les jurés ont tranché. Vendredi, à l’issue de quatre semaines de procès à San José en Californie, le Sud-Coréen a été condamné à verser plus d’un milliard de dollars à la firme à la pomme pour avoir violé plusieurs de ses brevets portant sur le design mais aussi sur la partie logicielle.  Une amende record dans une affaire de propriété intellectuelle.

Première conséquence, Samsung, qui a les moyens de payer et s’en remettra très certainement, pourrait en revanche être contraint de revoir ses futurs terminaux au niveau du design mais aussi de l’interface. Il y a un an Samsung avait revu sa Galaxy Tab pour pouvoir la commercialiser sur le marché allemand. Elle pourrait faire la même chose pour ses smartphones. «Samsung devra modifier ses produits de plusieurs manières. L'entreprise devra d'abord changer l'apparence de certains de ses produits, et devra travailler avec Google sur le système d'exploitation Android. Potentiellement, des développeurs tiers devront aussi modifier leurs applications», a indiqué au Monde Florian Mueller, auteur du blog Foss Patents, et spécialise des brevets. L’expert ajoute toutefois que «les brevets en cause n'étaient pas ‘thermonucléaires’ [comme le disait Steve Jobs]. Samsung continuera à avoir du succès».

Une amende qui va faire réfléchir tous les constructeurs

A la suite du verdict rendu public en fin de semaine dernière, Android, le système d’exploitation de Google utilisé sur les smartphones Samsung, pourrait aussi être mis en difficulté. L’ennemi juré d’Apple équipe désormais plus de 50% des smartphones aux Etats-Unis contre 30% pour la firme à la pomme. Et parmi les brevets mis en avant par Apple pendant ce procès figurent quelques fonctionnalités disponibles sur Android comme celle qui permet de zoomer en faisant glisser le pouce et l’index sur l’écran dans des directions opposées, ou encore comme l’effet rebondissant lorsque l’utilisateur fait défiler une page jusqu’en bas. Des gestes devenus presque naturels pour des millions d’utilisateurs Android, qui pourraient être amenés à utiliser leur mobile autrement dans le futur. «Google ne peut pas arrêter Apple, écrit Florian Mueller sur son blog. Il doit désormais battre en retraite et s'efforcer d'apporter des modifications logicielles à Android». L’engouement des constructeurs pour ce système d’exploitation risque de faiblir dans le cas contraire.

Autres victimes collatérales: Motorola, LG, HTC ou encore Sony. L’amende va faire réfléchir ces constructeurs. Pas seulement parce que certains proposent des mobiles «avec bords arrondis» (soumis à un brevet d’Apple) comme l’iPhone, mais parce qu’ils utilisent Android également.  «Samsung incarne Google et les autres groupes qui commercialisent Android», estime Rob Enderle, analyste spécialiste des techniques de pointe pour Enderle Group, interrogé par l’AFP. Selon lui, le jugement du tribunal «va contraindre à une remise à plat des produits Android au fur à mesure qu'ils seront remaniés pour contourner les brevets d'Apple». Florian Mueller affirme de son côté au Monde: «Apple a franchi une étape importante et se trouve désormais en position de force, vis-à-vis des terminaux Android».

Microsoft, grand gagnant dans cette affaire

Les constructeurs rivaux d’Apple risquent de se montrer très frileux dorénavant pour éviter une telle amende. Ce qui amène les experts à débattre sur l’innovation. Celle-ci pourrait ralentir à cause de cette guerre incessante des brevets qui s’intensifie ces dernières années. Samsung a d’ailleurs déclaré à ce sujet: «Il est regrettable que la loi applicable aux brevets puisse être manipulée pour donner à une entreprise un monopole sur les rectangles avec des coins arrondis ou sur une technologie qui est améliorée tous les jours par Samsung et par d’autres sociétés».  Au final, c’est le consommateur qui est perdant.

Le seul gagnant dans cette affaire pourrait être Microsoft. Son système d’exploitation Windows Phone ne ressemble en rien à Android ou à iOS. La firme de Redmond, qui s’entend très bien avec Apple, pourrait profiter de cette occasion pour bondir et parvenir enfin à s’imposer. C’est l’occasion rêvée d’attirer de nouveaux clients, au moment où les constructeurs qui peuvent se sentir menacés par la pomme sont encouragés à proposer des smartphones fonctionnant avec un nouvel OS. La sortie des premiers Windows Phone 8 conçus par Nokia le mois prochain pourrait être d’autant plus remarquée.

Rien n'est terminé, assure Samsung

En attendant de voir si Windows Phone décolle, Samsung prépare une riposte juridique en Californie. Le groupe Sud-Coréen a déposé un recours et une nouvelle audience aura lieu le 20 septembre. Le juge devra déterminer s’il convient de modifier ou de casser le jugement de vendredi dernier, ou bien de tripler le montant de l’amende de Samsung. Par ailleurs, Apple cherche à présent à faire interdire la vente de produits Samsung qui violent ses brevets aux USA. Ce jour là, Samsung saura si ses produits sont suspendus ou interdits de vente aux Etats-Unis. Si Apple parvient à les faire interdire, il pourrait ainsi accentuer sa main mise sur le marché des smartphones. Heureusement pour le Sud-Coréen, le jugement de vendredi vise entre autres les téléphones Galaxy et la tablette Galaxy 10, deux produits populaires de Samsung, mais pas son nouveau téléphone vedette, le Galaxy S3.