Le quotidien d'un hacker, spécialiste de la sécurité informatique, c'est coder pendant des heures.
Le quotidien d'un hacker, spécialiste de la sécurité informatique, c'est coder pendant des heures. - A. GELEBART / 20 MINUTES

 «J’arrive dans une heure, je suis en train de coder» L'attachée de presse d'Hackito Ergo Sum trahit le jeune hacker en nous montrant le SMS qu’elle a reçue de lui quelque heures avant l’interview. Le quotidien d’un hacker, certes, c’est coder pendant des dizaines d’heures d’affilée en buvant du Coca. The Social Network le montrait bien. Mais pour le reste, il y a pas mal de préjugés…

 Il y a beaucoup de fantasmes sur le hacking… on croit notamment que c’est illégal. Donc pour clarifier d’emblée: c’est quoi un hacker?

Le hacker c’est censé être quelqu’un de gentil! Les gens ont tout déformé. Les «méchants», ce sont les pirates. Mais c’est parce qu’on est en France qu’il y a cette connotation négative du hacker. Aux Etats-Unis, surtout dans la Silicon Valley, celui qui lance sa start-up dans le Web va se revendiquer comme un hacker. Steve Jobs et Steve Wozniak étaient des hackers. Même si je n’ai aucun respect technique pour ce qu’il a fait, Marck Zuckerberg est aussi un hacker-entrepreneur. C’est une question de vocabulaire. Hier encore, au resto, la copine d’un ami anglophone me racontait qu’en disant à son père qu’il était hacker, il lui avait demandé «Ah oui, quelle sorte de hacker?». En France, on répond «Quoi?! Il a pas dévalisé une banque au moins?». 

Il y a un état d’esprit du hacker?

Totalement. Etre un hacker, c’est regarder là où les gens ne regardent pas, saisir des opportunités. Montrer que les failles sont partout. C’est un peu comme les Samouraïs et le code du Bushido. Avec la plupart des hackers, vous pouvez parler de politique, ou de n’importe quoi, il y a un esprit analytique qui s’est développé. Devant un produit, une entreprise va dire «Il est parfait». A côté de ça, dans un garage ou dans une chambre, le hacker se dit «Tiens, si on cherchait ses erreurs». On pense toujours à comment les choses pourraient être améliorées, ou cassées. Pour moi, les hackers, ce sont un peu les alchimistes des temps modernes.

Vous avez travaillé pour le ministère de la Justice néerlandais: tout ce qu’il y a de plus légal, en effet. Qu’y faisiez-vous?

Je faisais du forensic, de l’expertise judiciaire en informatique. C’est un peu comme en médecine légale, une autopsie sous forme digitale. J’écrivais les outils qu’utilisaient les enquêteurs, soit pour traquer des pirates, élucider un meurtre, ou retrouver des pédophiles. J’agis sur la mémoire de l’ordinateur, donc ça permet à la justice qui a saisi l’ordinateur de savoir quelles sont les habitudes de l’utilisateur. On peut retrouver tous les mots de passe, les sites visités, à quelle heure… pour mettre en corrélation avec le discours du suspect. Et prouver qu’il est coupable ou non. Pour la pédopornographie par exemple, il faut casser l’encryptage des disques où les pédophiles ont regroupé les photos. C’est un peu comme dans N.C.I.S, mais avec des ordinateurs.

Comment avez-vous découvert le hacking?

J’ai grandi en Picardie, donc il n’y avait pas grand chose à faire! J’aimais pas le foot, et à 12 ans j’ai eu un PC. Donc j’y ai passé tout mon temps. En informatique, qu’on ait 12 ans ou qu’on soit le vice-président de Microsoft, c’est toujours le même outil, et il est à notre portée. Après, c’est de la curiosité. On veut toujours en savoir plus, apprendre plus. Les forums sont très importants pour ça, on noue des liens avec des gens, chacun a sa spécialité. Quand on a une question, on sait très bien à qui on va s’adresser pour avoir une réponse. J’ai tout investi là dedans… et j’ai raté mon bac deux fois.

Ca ne vous a pas pénalisé pour la suite?

Au contraire, je dirais plutôt que c’était un investissement de temps assez judicieux! Aujourd’hui, je vais dans des conférences aux quatre coins du monde au lieu de prendre le TER pour aller à la fac... En fait, la plupart des hackers sont contre le système. Dans mon cas, j’étais contre le système éducatif, j’y ai jamais cru et je m’y sens restreint. Tandis que dans le hacking, on évolue à son rythme, on est jamais ralenti et on peut toujours repousser les limites d’un point de vue de recherche et de développement. Pour une personne qui est curieuse, c’est vraiment un endroit où on peut s’amuser. Et chez les hackers, tout ce qui est études, religion, couleur de peau, on s’en fout complètement. On juge une personne sur  ses capacités techniques. Quand on introduit deux personnes dans des conférences comme Hackito, on commence par leurs compétences communes. C’est comme ça qu’ils y a des liens d’amitié qui se font. La plupart de mes meilleurs amis sont des hackers.

Vous pensiez que vous pourriez en faire votre métier?

Pas du tout. A la base, c’était une passion. La première fois que j’ai parlé dans une conférence, j’avais 19 ans et même au moment où je parlais, c’était encore un hobby pour moi. Alors que dans les sponsors de la conférence, il y avait Microsoft et Google.

Quels sont les risques à mettre en évidence aujourd’hui?

A partir d’un ordinateur, tout ce qu’on y met peut se retrouver dehors un jour. Les stars de cinéma qui prennent des photos d’eux nus avec leur iPhone, ça s’est retrouvé dehors. Tout ce qui est e-mail, carte bleues, SMS: tout peut se récupérer! Ca fait des années qu’on répète aux gens qu’un Mac, ça ne protège pas. Ca leur passe complètement au dessus. Et puis il y a une semaine, un virus a attaqué 600.000 Mac. D’une certaine façon, c’est une bonne chose des incidents comme ça, ça permet de sensibiliser les gens et les entreprises. Même si c’est une mauvaise intention au départ.

Il y a des règles éthiques chez les hackers?

Ca dépend des gens… Mais les hackers sont éthiques, contrairement à ce qu’on pense. Un ami a trouvé comment pirater les distributeurs de monnaie, il peut faire sortir les billets à volonté. Il a travaillé deux ans là-dessus, mais il s’amuse pas à utiliser ça contre les gens! Il l’a publié, et les constructeurs sont au courant.

Il faut se retenir, pour ne pas transformer ses connaissances en hacking en arme pour pirater?

Entre voler plusieurs millions et prendre le risque d’aller en prison pour 20 ans, et avoir un salaire à six chiffres assez confortable avec des avantages, je préfère la deuxième solution. Forcément certains hackers ont des problèmes d’ego, ils vont chercher ce truc de puissance, chercher à pirater des sites, mettre des réseaux par terre, avoir de l’adrénaline. Mais la plupart des gens, ce qui les stimule, c’est la curiosité et la recherche.

C’est quoi votre rêve de hacker?

Créer quelque chose que les gens vont utiliser et apprécier dans leur vie quotidienne. Comme l’iPhone par exemple…

Etre un hacker, ça marche avec les filles?

Plutôt, oui… Disons que par rapport à ceux qui disent qu’ils travaillent dans la finance ou qu’ils sont comptables, hacker ça intéresse les gens, parce que c’est un monde différent. On me pose toujours des questions. Donc ça marche bien. Ca me fait penser au logo de la série pour nerds, «Big bang theory»: «Smart is the new sexy». 

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