«LinkedIn remplacera un jour les cartes de visite»

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Publié le 13 février 2012.

INTERVIEW - Le réseau social destiné aux professionnels enregistre des résultats record. LinkedIn a dégagé un bénéfice net de 7 millions de dollars, pour un chiffre d'affaires de 168 millions. En décembre, «20 Minutes» s'était entretenu avec son co-fondateur, Allen Blue, dans le cadre de la conférence LeWeb...

Tous les voyants sont au vert pour LinkedIn. Le réseau social professionnel a publié en fin de semaine dernière ses résultats financiers pour le 4e trimestre 2011. Et ils sont bien meilleurs que prévu. Le chiffre d’affaires de LinkedIn s’élève à 168 millions de dollars, le double du chiffre enregistré à la même période en 2010, pour un bénéfice net de 7 millions de dollars. Aujourd’hui, 145 millions d’internautes (dont plus de 3 millions en France) ont un compte sur le réseau social professionnel.

En décembre dernier, en marge de la conférence LeWeb, grand-messe des entrepreneurs du Net, 20 Minutes a rencontré Allen Blue, co-fondateur de LinkedIn. Il y a deux mois, il se réjouissait déjà du chemin parcouru par son réseau social, créé en 2003 à Mountain View. Entretien.  

L’année 2011 a été particulière pour vous. LinkedIn a fait une entrée en Bourse spectaculaire...

Effectivement, l’entrée en bourse du réseau social a été un grand succès. Même si celle-ci n’a jamais vraiment été notre objectif de départ. Pour nous les 135 millions de membres dans le monde (145 millions à présent, ndlr), atteindre une telle taille, c’est le plus important. C’est la chose qui en dit le plus long sur notre futur.

Comment s’est construit le réseau social?

On a commencé à travailler sur LinkedIn en novembre 2002. Le développement a réellement commencé l’année suivante, pour une mise en ligne en mai 2003. Pendant les premières années on s’est concentrés sur le nombre d’utilisateurs. On a voulu que le plus de gens possible découvrent LinkedIn, comprendre ce qui comptait pour eux. On a atteint le million de membres vingt mois après notre lancement, cela a été un événement important pour nous. On a fait des photos, bu du whisky, fabriqué des pancartes avec marqué «Un million». Pour nous, cela signifiait que la communauté était devenue assez grande pour devenir vraiment utile pour les gens qui veulent nouer des contacts professionnels avec d’autres gens. Pour que le réseau plus efficace il faut qu’il y ait suffisamment de personnes connectées.

Quelle taille fait l’entreprise aujourd'hui?

Il y a environ 1.700 employés à l'heure actuelle. Il y a deux ans nous étions 170. Nous continuons à engager du monde, il y a beaucoup de travail à faire et d'opportunités à saisir.

A votre avis, pour quelles raisons les internautes s’inscrivent-ils sur LinkedIn?

Il n’y a pas une seule manière d’utiliser le réseau social. Il y a des gens qui cherchent un travail, des gens qui commencent leur carrière et veulent étendre leur réseau, des gens qui veulent changer de carrière, il y a aussi beaucoup de journalistes qui l’utilisent pour en savoir plus sur les personnes ou entreprises qu’ils vont rencontrer. Il y a aussi des gens qui l’utilisent au quotidien pour échanger des idées ou converser sur des sujets professionnels. Il y a plus d’un million de groupes sur LinkedIn. 

Vous avez affirmé que LinkedIn remplacerait un jour la carte de visite lors de votre discours à la conférence LeWeb…

Oui, LinkedIn va remplacer les cartes de visite. Celles-ci sont d’excellentes manières de dire «bonjour, voilà qui je suis, n'hésitez pas à me contacter à l'avenir». Mais les informations qui se retrouvent sur ces cartes se limitent juste à votre nom et votre entreprise. Cela aurait été mieux d'avoir un moyen de partager un peu plus sur nous, d'enregistrer où nous avons rencontré telle personne et dans quelles circonstances, de quoi nous avons parlé. Les cartes de visite sont imparfaites. Nous allons améliorer cela grâce aux technologies.

Quelles sont les erreurs que vous avez faites dans le passé?

On a fait beaucoup d'erreurs. Mais c'est un moyen d'apprendre. Il faut juste les faire rapidement pour changer d'orientation. On s'est demandé: comment encourager les conversations professionnelles? Comment inciter les professionnels à échanger entre eux? C'est plus difficile que vous ne l’imaginez. En mettant en place notre produit, on a découvert que l'on n’avait pas pris en compte les pressions sociales et professionnelles auxquelles les gens sont soumis lorsqu'ils discutent. Les professionnels font très attention à ce qu'ils disent. Si vous ne les aidez pas à se sentir en confiance ou à l'aise ils ne vont pas participer à la conversation. On a pris beaucoup de temps avant de le comprendre. Mais cela a changé la manière dont LinkedIn fonctionne aujourd'hui.

Quels sont les plus gros défis pour LinkedIn?

Nous grandissons de manière extrêmement rapide. Je pense que notre plus gros défi est d'écouter ce que nos utilisateurs nous disent. Savoir comment ils voient l'outil. Toutes les semaines il y a un moment où l'on s'assoit et où l'on jette un oeil pendant des heures aux retours des internautes. On en ressort souvent des choses intéressantes en se disant «tiens, on devrait y réfléchir». Mais on veut aussi leur faire découvrir de nouvelles choses.

Quelle est la prochaine étape pour vous?

LinkedIn est comme toutes les entreprises tech. On cherche constamment à se réinventer. Un exemple: les profils. Des centaines de millions de professionnels en ont un. Et s'ils veulent utiliser LinkedIn pour construire une réputation, comment faire pour rendre le processus plus efficace? Comment faire pour que ce résultat soit le meilleur qui s'affiche dans Google? Pour montrer non seulement ce qu'on a fait par le passé mais ce à quoi on pense pour la suite?

Vous souhaitez travailler avec Facebook dans le futur, comment?

Nous avons un partenariat avec Twitter pour le moment. Les gens utilisent LinkedIn pour se créer une identité professionnelle sur le Web et utilisent Twitter comme plateforme pour la projeter sur Internet: avoir des «followers», parler d'idées qui les intéressent. Cette connexion entre les deux est importante. Nous avons parlé avec Twitter et nous nous sommes mis d'accord pour dire que les choses que vous dites sur le site de microblogging devraient apparaître sur votre profil LinkedIn. On cherche ce genre de points communs avec Facebook. Il y aurait du sens à lier LinkedIn aux activités de type professionnel qui se retrouvent sur Facebook. Quand on trouvera exactement comment le faire on essaiera de travailler avec eux. 

Propos recueillis par Anaëlle Grondin
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