La page d'accueil du site d'écoute musicale Spotify
La page d'accueil du site d'écoute musicale Spotify - DR

Anaëlle Grondin, à Cannes

De notre envoyée spéciale au Midem

L’année commence plutôt bien pour Spotify. Vous venez d’annoncer que vous avez atteint les 3 millions d’abonnés à vos offres payantes, soit 20% de l'ensemble des utilisateurs...

C’est absolument génial. Depuis qu’on a noué un partenariat avec Facebook il y a quelques mois pour l’intégration de Spotify sur le réseau social, on a eu 7 millions de nouveaux utilisateurs. Etant donné le trafic et le nombre de personnes qui utilisent Facebook dans le monde (800 millions), on se doutait que ce serait une explosion en terme de nombre d’inscrits, et qu’on aurait vraiment l’opportunité de monter en puissance. En octobre dernier on avait annoncé 2,5 millions d’abonnés. En deux mois et demi on a donc vu arriver un demi-million de nouveaux abonnés. On est sûrs et certains que le cap des 3 millions a été franchi grâce à cette intégration sur Facebook.

Quelle formule est privilégiée par vos abonnés, celle à 4,99 euros par mois ou à 9,99 euros par mois qui permet d’avoir sa musique sur son smartphone?

Une grande majorité utilise Spotify Premium [9,99 euros par mois], qui inclut la mobilité et la possibilité de retrouver ses playlists même hors connexion Internet. Au départ, les utilisateurs potentiels de Spotify n’ont pas forcément cette attente [la portabilité]. En général, c’est un besoin que l’on découvre en commençant à utiliser le service. Dès que les utilisateurs se mettent à élaborer des playlists, à travailler leurs collections musicales, ils veulent aller plus loin.

Vous avez évoqué le nombre d’abonnés payants, mais combien d’utilisateurs actifs compte Spotify?

Aujourd’hui on a 10 millions d’utilisateurs actifs sur les 12 pays où nous sommes implantés. C'est-à-dire que 10 millions de personnes écoutent au moins un titre par mois. En France, on est encore en développement. Notre partenariat avec SFR nous aide à grandir. Il y a 40 plateformes légales dans le pays donc c’est vrai que l’évolution est plus progressive qu’elle ne l’a été en Suède par exemple. D’après l’Ifpi (Fédération internationale de l'industrie phonographique) 82% des recettes digitales en Suède proviennent des services de musique en streaming. Ça vient beaucoup du fait qu’il y a énormément d’«early adopters» dans ce pays. C’est aussi un petit pays, donc la communication passe beaucoup plus vite. Et puis c’est plus facile d’être bon sur son territoire [Spotify est un service suédois]. La France est un marché très éclaté, avec des habitudes de consommation bien plus disparates. Il faut qu’on arrive à parler aux gens et qu’on leur donne envie de tester Spotify.

Deezer s’est lancé à l’international cette année, et qui plus est, cette plateforme concurrente de la vôtre a aussi noué un partenariat avec Facebook il y a peu de temps. Comment faites-vous pour vous démarquer?

On veut créer la meilleure expérience utilisateur possible. C’est pour cela que nous avons travaillé très étroitement avec les développeurs de Facebook à Palo Alto depuis deux ans. On a voulu que l’intégration fonctionne bien. C’est réussi, il n’y a pas de latence pour démarrer un titre depuis le réseau social. Aujourd’hui, plus de 15 millions de titres sont disponibles à l’écoute sur Spotify. On a l’un des plus gros catalogues au monde pour un service de streaming.

Mais il y a pourtant des artistes très populaires comme Adele et Coldplay qui ont refusé d’avoir leurs albums en écoute sur Spotify récemment. Le dernier album du groupe britannique, Mylo Xyloto n'y est pas…

Ça a été une grande déception pour nous. C’est vrai que c’est un album prioritaire. On est en contact avec le label pour essayer de le faire venir, justement.

Vous êtes toujours en discussions même si l’album est sorti depuis le mois d'octobre?

Absolument. C’est très important pour nous de l’avoir sur Spotify. Notre ambition c’est de tout avoir. Sinon les utilisateurs vont aller sur un service concurrent ou illégal. On n’a pas voulu lancer Spotify, en octobre 2008, avant d’avoir au moins toutes les grandes maisons de disque de notre côté.

En plus de ces coups durs pour vous, en novembre dernier, 200 labels indépendants ont décidé de retirer leur catalogue de Spotify par peur que le service ne cannibalise les ventes numériques «traditionnelles» . Comment faites-vous aujourd’hui pour convaincre les labels de vous confier leur catalogue? Cela doit être difficile...

On a signé avec 300.000 labels et on insère tous les jours 20.000 titres. Les nouveaux titres et le back catalogue qui sont insérés sont plus importants que ceux, malheureusement, qui choisissent de ne pas être présents sur Spotify.  On espère que ces labels là reviendront, on essaye de leur prouver qu’il y a un avantage à être sur Spotify...

Fin novembre, vous avez lancé «Spotify Apps», une plateforme d'applications. Etait-ce incontournable à l'heure où les réseaux sociaux cartonnent?

C’est comme ça que nous allons pousser encore plus loin la localisation du service, c'est-à-dire le rendre plus français. Ceux qui proposent des applications peuvent être des acteurs français qui font des recommandations françaises. Ca prend du temps à se mettre en place, mais ça va venir. Ca peut être pour la recommandation et les charts, avec de grands médias qui ont une longue tradition dans la recommandation, comme The Guardian, ou ça peut être de nouvelles fonctions. Par exemple, on a intégré Songkick, application spécialisée dans la billetterie de concerts en fonction des goûts, des écoutes et de la localisation des utilisateurs. On peut imaginer l’intégration d’acteurs équivalents en France.

Quelles sont vos perspectives pour 2012?

Consolider le service. Continuer à engager encore plus les utilisateurs, pour qu’ils écoutent vraiment leur musique sur Spotify et qu’ils aiment le faire. Les applications qui vont intégrer la plateforme vont nous aider dans ce sens là.

Malgré un chiffre d’affaires en très forte hausse, Spotify continue d’enregistrer des pertes en raison du coût d’exploitation important des catalogues des majors (101 millions de dollars en 2010 selon le New York Times)…

On a plus misé sur l’investissement pour commencer. Aujourd’hui on est présent dans 12 pays dont les Etats-Unis, qui est le plus gros marché de la musique au monde. C’était stratégique pour nous. On a mis beaucoup d’efforts au lancement. La rentabilité viendra progressivement, nous sommes très confiants. L’innovation et le lancement dans les nouveaux pays priment pour le moment.