Des salariés chinois d'une usine Foxconn.
Des salariés chinois d'une usine Foxconn. - B.YIP/REUTERS

P.B.

Beaucoup a déjà été écrit sur les conditions de travail dans les usines d'assemblage chinoises. Mais l'enquête au long cours du New York Times est sans doute la plus documentée à ce jour: une équipe de journalistes a été envoyée sur place et plusieurs dizaines d'ouvriers, d'observateurs et d'anciens cadres d'Apple ont été interviewés. Le portrait brossé n'est flatteur pour personne.

Plus que la description de conditions de travail et le retour sur les suicides et les deux explosions mortelles dans des usines fabriquant des iPad, ce sont les interactions d'Apple avec ses fournisseurs (dont Foxconn) qui interpellent.

 

Code de conduite

 

Apple s'est toujours abrité derrière son code de conduite, mis en place après la vague de suicides, assurant que les sous-traitants ne le respectant pas seraient écartés. Selon le Times, «des violations ont été constatées dans des centaines d'audits (non respect des horaires, emploi de produits toxiques etc), mais moins de 15% des fournisseurs ont été remerciés.»

 

«Quand vous voyez les mêmes problèmes se répéter, année après année, cela signifie que l'entreprise les ignore au lieu de les régler», confie un ancien cadre d'Apple au quotidien. Selon lui, «les infractions sont tolérées à condition que le fournisseur promette de faire mieux la prochaine fois».

 

Marges rognées

 

Apple n'est pas le seul à faire fabriquer ses appareils en Chine. Foxconn et ses 1,2 million d'employés assemblent 40% de l'électronique mondiale pour Apple, Amazon, Dell, HP, Nintendo, Nokia ou encore Samsung. Mais selon l'enquête du Times, Apple est l'entreprise qui impose les marges les plus faibles. Selon des fournisseurs, «HP et d'autres autorisent des marges plus importantes si la différence est utilisée pour améliorer les conditions de travail». Mais «quand vous réduisez les marges, vous les forcez à réduire la sécurité», lâche un ancien cadre d'Apple.

 

L'article se penche notamment sur l'emploi d'un produit toxique pour nettoyer les écrans, moins cher que l'alcool à brûler, responsable de nombreux accidents. Officiellement, Apple a interdit son emploi et assuré avoir passé le message à ses partenaires. Mais des employés affirment au journal n'avoir jamais reçu de visite d'Apple. Deux semaines avant l'explosion dans l'usine de Chengdu, dans laquelle quatre employés ont péri, une ONG avait encore envoyé un rapport à Apple sur les dangers de la poussière d'aluminium. La lettre est restée sans réponse.

 

Bénéfices records

Comment améliorer la situation? «Nous avons eu cette conversation des centaines de fois», répond un ancien cadre d'Apple chargé de l'approvisionnement. «Le code de conduite existe. Mais un vrai changement provoquerait des conflits sur la politique du secret» en vigueur dans l'entreprise. Le NYT cite Intel en exemple pour l'ouverture dans son dialogue avec ses partenaires.

 

Mais le principal obstacle est peut-être qu'on ne change pas une méthode qui rapporte gros. Mercredi, Apple annonçait des résultats records, avec 43 milliards de dollars de chiffre d'affaires au trimestre précédent, pour 13 milliards de bénéfices. L'entreprise a écoulé, en trois mois, 37 millions d'iPhone et 15 millions d'iPad. A chacun de se regarder dans le miroir.