Un passager utilise son téléphone dans un avion.
Un passager utilise son téléphone dans un avion. - Philip & Karen S/SUPERSTOCK/SIPA

Philippe Berry

Il existe deux catégories de passagers: celui qui laisse discrètement son téléphone allumé, et continue parfois d'envoyer des SMS ou de jouer à Angry Birds, même une fois la porte de l'appareil fermée; et puis il y a son voisin, terrorisé et convaincu que l'avion va s'écraser car un idiot a refusé de se plier aux règles de sécurité. Qui a raison? Le débat revient sur le devant de la scène aux Etats-Unis, plus brûlant que jamais. Mercredi, le gendarme américain de l'aviation, la FAA, a autorisé les compagnies aériennes à installer des iPad dans le cockpit pour remplacer les manuels des pilotes. A l'opposé, l'acteur Alec Baldwin s'est fait débarquer d'un vol, la semaine dernière, car il refusait d'éteindre son smartphone. Vrai danger ou légende urbaine, 20 Minutes fait le point.

Y a-t-il déjà eu un crash dû à l'interférence d'un gadget électronique?

Officiellement, non. Le seul suspect de ces 20 dernières années, c'est le crash d'un petit avion de Crossair, en Suisse, en 2000, dans lequel dix personnes sont mortes. Le rapport officiel a conclu à une erreur du pilote. Une seconde enquête a toutefois soulevé la possibilité d'une interférence entre un téléphone portable et le système d’auto-pilote.

 

Des incidents moins graves ont-ils été relevés?

Oui. En 2001, un avion slovène a dû procéder à un atterrissage d'urgence: le témoin d'une alerte incendie s'est allumé tout seul, a priori à cause de perturbations sur le système électrique causées par un téléphone resté allumé. La FAA fait également état d'autres incidents mineurs, comme sur la jauge d'essence d'un avion.

 

Combien y a-t-il de vols par an?

On en compte environ 100.000 par jour dans le monde. Cela fait 36 millions par an, soit, sur les 20 dernières années, plusieurs centaines de millions de vols dans lesquels plusieurs personnes avaient, à coup sûr, leur téléphone allumé.

 

Les règles sont-elles les mêmes partout dans le monde?

Non. Aux Etats-Unis, tous les appareils électriques, à l'exception «des dictaphones, des prothèses auditives, des pacemakers et des rasoirs» doivent être éteints dès que la porte de l'appareil se ferme, et jusqu'à ce que l'appareil atteigne une altitude de 10.000 pieds. Ils peuvent être allumés ensuite, mais les téléphones doivent rester en mode «avion» pour ne pas émettre d'ondes radio. En revanche, des compagnies étrangères, comme British Airways et Emirates, permettent à leurs clients d'envoyer des SMS et de passer des appels –hors de prix– depuis leur téléphone personnel.

 

Y a-t-il un risque, selon les ingénieurs?

Peut-être que oui, peut-être que non. En 2006, la FAA a commandé à la Radio Technical Commission for Aeronotics un rapport sur le risque des ondes téléphoniques et wifi. Ses conclusions? «Il n'y a pas de preuves montrant que ces appareils peuvent interférer avec l'avion, mais il n'y a pas non plus de preuves du contraire.» Du coup, le principe de précaution prévaut. Dans l’absolu, les experts estiment que le risque est plus grand sur les anciens appareils, dont le système électrique peut être moins bien isolé.

 

Et les iPads dans le cockpit au décollage?

La FAA a réalisé des tests poussés avant de donner son feu vert, tout comme dans le cas du wifi installé dans la plupart des avions modernes. Mais selon l'organisation, au décollage, «le scénario sur des interférences est différent avec deux iPads autorisés face à plusieurs dizaines ou centaines de téléphones» des passagers.

 

Y a-t-il d'autres justifications moins techniques?

Absolument. La première, c'est de maintenir un certains calme pendant les vols. Concernant les règles plus strictes au décollage et à l'atterrissage, un pilote d'avion livre des explications à Salon. «Ces moments sont les plus dangereux. Tout doit être rangé sous le siège. En cas de freinage brutal, un ordinateur portable ou même une tablette peuvent se transformer en projectiles dangereux.» Quand aux inoffensifs iPod, «ils empêchent d'écouter les consignes de sécurité».

 

Eteignez-vous votre téléphone pendant un vol? Aimeriez-vous pouvoir le laisser allumé? Dites-le nous ci-dessous.