Steve Jobs raconté par ceux qui l'ont côtoyé

REVUE DE WEB Souvenirs et anecdotes de journalistes, collaborateurs, adversaires, blogueurs et même d'une voisine de l'ex patron d'Apple...

Anaëlle Grondin

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Steve Jobs, le patron d'Apple, lors d'une conférence le 6 juin 2011, à San Francisco.

Steve Jobs, le patron d'Apple, lors d'une conférence le 6 juin 2011, à San Francisco. — B.DIEFENBACH / REUTERS

Apple a annoncé, mercredi soir, la mort de Steve Jobs, le visionnaire patron de la marque à la pomme. Aussitôt les souvenirs ont afflué sur le Web. Tour d’horizon.

Lisen Stromberg, voisine de Steve Jobs à Palo Alto

Cette consultante a rencontré l’ex-patron d’Apple lors d’une fête avec ses voisins il y a quelques années. Le premier jour, elle l’a vu nager dans la piscine avec son fils. Bien qu’impressionnée par sa première rencontre avec  Steve Jobs et l’idée de «respirer son ADN», elle explique, dans une note de blog publiée en août dernier, qu’il avait l’air ce jour-là «d’une personne normale, un bon père en train de s’amuser avec ses enfants». Puis leurs enfants sont allés à l’école ensemble et il venait aux réunions de rentrée, comme les autres parents. Un peu plus tard, pour Halloween, elle raconte que Steve Jobs et sa femme avaient changé leur résidence en «maison hantée» et qu’elle l’avait même croisé «assis sur le trottoir déguisé en Frankenstein». C’était un très bon voisin, estime Lisen Stromberg. Elle se souvient également du jour où son fils a reçu son diplôme: «Steve Jobs était debout, en larmes, le sourire large et fier, alors que son fils recevait son diplôme et marchait vers un brillant avenir, laissant derrière lui un homme bon et un père modèle, qui semblait très confiant, ce qui est peut-être le plus beau cadeau qu’il soit.»
Mais avec le temps, écrit-elle,  «les choses ont changé». Les balades sont devenues moins fréquentes, la démarche plus lente, le sourire plus difficile. Au début de l’année, quand j’ai vu Steve Jobs et sa femme marcher dans notre rue main dans la main, j’ai compris que quelque chose était différent, et maintenant [écrivait-elle au mois d’août lorsqu’il a démissionné, ndlr] le reste du monde aussi le sait.»

Jonathan Berger, stagiaire chez Apple en 2000 

Lors d’une session question-réponse, Jonathan Berger a pu s’adresser directement pour la première fois à Steve Jobs: «Il y a quelques années, vous avez quitté Apple. Mais vous êtes revenu récemment. Pourquoi?», lui avait-t-il demandé en 2000. Sur son blog, il relate la réponse du patron d’Apple: «J’ai eu du mal à prendre une décision, revenir ou non chez Apple. J’ai parlé à énormément de gens et eu beaucoup d’avis divers. Et puis, une nuit, tiraillé par cette question, j’ai appelé un ami à moi à deux heures du matin. Je lui ai dit ‘Dois-je revenir, ou pas ?’ et l’ami en question a répondu, ‘Steve. Je n’en ai rien à foutre d’Apple. Prends ta décision, c’est tout’, avant de raccrocher. C’est à cet instant que j’ai réalisé à quel point je tenais à Apple».

Hartmut Esslinger, designer et inventeur

Interrogé par Paris Match en février 2010, il se souvient: «J’ai rencontré Steve Jobs au printemps 1982, au siège d’Apple, à Cupertino (…). Il était très cordial mais se crispait dès qu’il parlait de son objectif : vendre un million de Macintosh.» Il poursuit: «Côté objectifs, Steve avait posé le débat de façon claire: ‘Apple n’a pas seulement le meilleur design de l’industrie informatique, mais du monde entier!’ (…)Travailler avec lui, c’était une sorte d’amusement sérieux. Ce n’était pas un client banal, mais plutôt un génial chef d’orchestre de créatifs doté d’une intelligence fulgurante.»

Robert Scoble, ancien de Microsoft, blogueur américain

Le 25 août, il écrivait dans une note de blog: «C’est un dictateur qui fait en sorte que vous fassiez les choses à sa manière. Quand vous lui soumettez une idée, vous avez intérêt à venir aussi avec la stratégie marketing que vous comptez utiliser pour vendre le produit, et avoir déjà réfléchi à tout.» Un jour, le dirigeant d’une entreprise lui a dit: «Je veux juste créer un produit qui sera suffisamment bon pour que Steve Jobs l’approuve».
Robert Scoble relate une anecdote marquante: «Je l’ai rencontré une fois au restaurant japonais, à l’époque où je travaillais encore chez Microsoft. C’était aussi notre première rencontre avec sa personnalité: ‘Ravi de rencontrer les gens qui nous copient’, nous a lancé Steve Jobs.» 

Scott Budman, reporter pour NBC Bay Area, à San Francisco

La première fois qu’il a interviewé Steve Jobs seul à seul il s’était demandé s’il aurait l’occasion de voir son côté impatient et fier. Il n’a pas été déçu. Scott Budman raconte: «Quand Steve Jobs est entré dans la pièce il n’était pas content. ‘Pourquoi dois-je m’assoir aussi loin de l’iMac? Je veux pouvoir le toucher’. Et après un autre coup d’oeil, ‘Pourquoi est-il rouge (en raison de l'éclairage choisi ce jour-là, ndlr)? L’ordinateur est blanc! Qu’est-ce qui se passe ici?’”. Steve Jobs regardait déjà sa montre, Scott Budman commençait à trembler. Mais cela n’a pas duré bien longtemps, car le journaliste avait trouvé la parade: lui demander de lui montrer tous les aspects de l’iMac. «Il était merveilleux (…) je suis reparti avec une nouvelle appréciation de Steve Jobs ce jour-là», et ce même après avoir changé dans la précipitation et le stress les décors, la lumière et les chaises au début de l’interview, qui avaient agacé le patron de la firme à la pomme.

Vic Gundotra, vice président de la branche «Social» chez Google

Il se souvient d’un appel de Steve Jobs, en 2008, alors qu’il était responsable des applications Google. Il était très souvent en relation avec le patron d’Apple, mais ce coup de fil là était mémorable. Voyant qu’il ne répondait pas au téléphone, Steve Jobs lui avait d’abord laissé un message sur son répondeur… un dimanche matin, lui demandant de le rappeler immédiatement.  «J’étais habitué à ce que Steve appelle la semaine, bouleversé par quelque chose, mais il ne m’avait encore jamais appelé un dimanche, me pressant de le rappeler chez lui. Qu’est-ce qui pouvait être si important?». En le rappelant, Steve Jobs lui avait répondu : «J’ai regardé le logo de Google sur l’iPhone, et je ne suis pas content de l’icône. Le deuxième «O» de « Google » n’a pas le bon dégradé de jaune. Ce n’est pas bien et je vais demander à Greg (Christie, de chez Apple, ndlr) d’y remédier demain. Est-ce que tu es d’accord ?». Quelques minutes plus tard, Vic Gundotra recevait un email de Steve Jobs ayant pour objet «Icon Ambulance», lui demandant de travailler sur le logo avec Greg Christie, toujours ce  dimanche-là… L’amour du détail.

Walt Mossberg, journaliste au Wall Street Journal

Le journaliste du prestigieux journal américain a passé de longues heures avec Steve Jobs au téléphone et a pu à plusieurs reprises le rencontrer. Walt Mossberg explique que le fondateur d’Apple aimait commenter ses articles, sans forcément s’en plaindre. Steve Jobs invitait certains journalistes comme lui, en privé, à découvrir en avant-première ses nouveaux produits. «Il levait littéralement le voile sur ses appareils qu’il cachait, avec une étincelle dans les yeux et une passion dans la voix». Pour lui, « Steve Jobs est une figure historique au même titre que Thomas Edison et Henry Ford (…) Il a fait de gros paris à chaque fois et pris des risques,  et insistait pour avoir des produits de très haute qualité. »
Selon Walt Mossberg, beaucoup de personnes qui travaillaient avec Steve Jobs ainsi que plusieurs partenaires racontaient à quel point il était parfois difficile d’échanger avec lui. Des histoires auxquelles le journaliste croyait même s’il maintient qu’au cours de ses nombreuses conversations avec lui, le ton de Steve Jobs a toujours été «marqué par la patience » et un certain «optimisme».
«Après sa greffe du foie, pendant qu’il récupérait chez lui à Palo Alto, il m’a invité pour parler de l’industrie (…) il expliquait qu’il allait marcher tous les jours, et qu’il se fixait également tous les jours un nouvel objectif », se souvient-t-il.

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