Tout d'abord, injecter aux prisonniers libérés de Guantanamo des appareils internes de localisation, afin que leurs mouvements puissent être « suivis via Bluetooth ». Une idée qui leur a été soufflée par le Roi Abdullah d'Arabie Saoudite. Ça marche ? « ça a été utilisé sur des chevaux et des faucons ».
Une idée absurde à plusieurs niveaux : le Bluetooth ne permet pas de suivre quelqu'un sur toute la planète. Le Roi s'est fait renvoyer dans les cordes par le conseiller anti-terrorisme de la Maison Blanche ,John Brennan, qui a répondu : « les faucons n'ont pas d'avocats. »
Cette nouvelle stratégie vient du gouvernement américain lui-même. Et elle visait les personnalités politiques et les militaires africains importants. Dans un des télégrammes, on demande aux diplomates de rassembler des informations pertinentes sur leurs collègues africains :
« Les listings emails, les identifiants et Internet et intranet, les adresses e-mails, l'identification sur les sites web, les numéros de carte de crédit, le calendrier de travail et d'autres informations biographiques pertinentes. »
Ça semble un peu invasif pour vous et moi, mais ça fait partie du job de diplomates. Le porte-parole du Département, PJ Crowley minimise en déclarant lui-même : « les diplomates récupèrent des informations qui forment notre politiques et nos actions. Les diplomates de toutes les nations font la même chose. » Ce n'est donc pas si extraordinaire. Ce qui l'est, c'est de se faire prendre.
Le plus amusant, il est demandé aux diplomates de récupérer des « empreintes digitales, des images du visage, de l'ADN et des scans des iris. » Comment un diplomate peut-il récupérer autant d'informations génétiques et biométriques ? Ce n'est pas expliqué.
Ce qui semble plus douteux est la récupération de données biométriques pour les membres de l'ONU, incluant les alliés des USA, et les membres du conseil de sécurité comme la France ou le Royaume-Uni. Le mot biométrique est ambigu mais il était aussi demandé de récupérer des données sur les membres d'organisation plus bénignes comme le PDG de l'OMS, le directeur de UNAIDS... Pourquoi le Département d'Etat veut le scan des iris de ces gens est inexpliqué. Et en quoi cela est diplomatique est un mystère.
Mais, il y a mieux, le Département d'Etat a demandé aux diplomates de récupérer « les mots de passe » et les « clés de chiffrement personnel » des principaux officiels des Nations Unis, ainsi que des infos sur « leur réseau VIP privé et commercial utilisé pour les communications officielles. »
Est-ce de l'espionnage ? Crowley dit que non. Je dis : ça y ressemble beaucoup. Je pense qu'il suffit de demander à un des membres de l'ONU ce qu'il pense d’un pays qui veut connaitre leurs communications privés et leurs mots de passe. Bien sûr, de cette affaire, nous n'avons qu'un côté de la pièce, celui des États-Unis. Je me demande bien ce que l'on pourrait lire si les messages des diplomates français se retrouvaient dans la nature.