Le patron de Street view «rêve de cartographier l'Antarctique»

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Publié le 11 octobre 2009.

INTERNET - Directeur R&D chez Google, Luc Vincent, un français de 44 ans, est le père de Street View, l'application d'imagerie en 3D sous Google Maps. Celle-ci fête lundi son premier anniversaire...

Comment avez-vous été amené à travailler sur Street View?
Je suis entré chez Google pour travailler sur « Google Books », en particulier sur tout ce qui est reconnaissance optique de caractères. J’en suis d’ailleurs toujours responsable. Le jour de mon entrée dans la société, un de mes collègues m’a emmené dans une réunion où l’on évoquait un nouveau projet sur de l’imagerie prise à partir de voitures. C’était fin 2004. C’est devenu mon projet 20%.

Votre projet «20%»?
Chez Google, chaque ingénieur peut passer un jour de la semaine sur un projet de son choix. Cela vise à favoriser l’innovation et la créativité. Ainsi, 80% de mon temps était dédié à Google Books, et 20% focalisé sur ce qui s’appelait alors City Block, devenu Street View par la suite.

La motivation première, c’était de créer devenir un outil de guidage?
Bien sûr, mais aussi d’exploration, de tourisme virtuel… L’utilisateur peut aller très loin dans sa démarche: vérifier qu’un restaurant possède une terrasse, rechercher comment aller d’un point A à un point B. De notre côté, nous développons beaucoup de « mapplets », des cartes avec des points d’intérêt géo localisés, comme nous l’avons fait pour les 800 festivals de l’été 2009 en France.

Sur le terrain, comme les choses se passent-elles?
Des gens, appelés « Operations Leads » ont la responsabilité d’une vingtaine de voitures. En Europe, ils sont basés à Londres et Zurich. Ils sont chargés de diviser la région à couvrir pour chaque conducteur. Celui-ci n’a pas de parcours prédéfini, il sait qu’il doit couvrir une zone complète et se débrouille avec son itinéraire.

Street View s’ouvre désormais aux photos de tout un chacun, comment cela est-il rendu possible?
Google possède panoramio.com, un site ouvert à tous et sur lequel chacun peut poster ses photos en les géo localisant. Un mix avec Street View permet de fusionner ces photos et d’offrir aux Internautes en plus d’une vision Street View d’un lieu, d’autres images réalisées par des particuliers. Souvent, les utilisateurs de panoramio disposent de photos bien meilleures que les nôtres, permettant une exploration et une expérience plus riche.

Street View peut-il avoir une vocation patrimoniale?
On est sur cinq continents à l’heure actuelle, j’aimerai que l’on soit sur sept bientôt. Mon rêve : cartographier l'Antarctique. J’incite aussi nos équipes à allers vers les parcs nationaux, à favoriser le patrimoine. Il y a un intérêt pour des zones ou l’utilisateur n’irait pas forcément lui-même. Par ailleurs, on nous demande aussi de conserver nos anciennes images, comme ces habitants d’une ville australienne dont une rue entière a été dévastée par un incendie.

Comment Street View va évoluer?
Notre objectif numéro un reste d’accroître notre couverture. Ensuite, de développer la fonction « smart navigation ». Déjà présente sur certains lieux, elle permet en bougeant le curseur dans l’image et de naviguer directement à l’intérieur même des photos. C’est simple à utiliser, mais très compliqué à mettre en œuvre. Pour la résolution des images enfin, j’aimerai que l’on arrive à un stade où l’on puisse lire les cartes affichées à l’entrée des restaurants. A l’heure actuelle, c’est encore de la science fiction…

Street View est-il toujours votre projet «20%»?
Non, depuis 3 ans, c’est devenu mon projet « 100% » ! Une journée type pour moi est faite d’un enchaînement de réunions. Mon équipe est divisée en groupes sur l’aspect produit lui-même, l'interface, le traitement des données, les serveurs les opérations… Je m’assure que ces groupes vont dans la bonne direction et progressent. Et j’essaie d’être en phase avec nos objectifs.

Vos objectifs ?
Chez Google, les employés ont leur « OKER” (Objectif and Key Results). Pour moi, cela ressemble à des objectifs d’échelle : l’acquisition d’un certain nombre de milliers de miles, l’ouverture à de nouveaux pays...
Recueilli par Christophe Séfrin
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