Détail de l'image qui s'affiche quand Twitter a un bug
Détail de l'image qui s'affiche quand Twitter a un bug - DR

Vincent Glad

Google ferait-il une crise de jalousie? Lors d'une conférence organisée par Morgan Stanley ce mardi, Eric Schmidt, le patron du moteur de recherche n'a pas été tendre avec Twitter, le service de micro-blogging qui lui vole la vedette depuis plusieurs mois: «De mon point de vue d'ingénieur informatique, Twitter est une sorte d'e-mail du pauvre».
 
Mais qu'est ce qui peut inquiéter Google, leader incontesté du web? A première vue, Twitter n'est qu'un service communautaire basique qui permet de poster des «updates» de 140 signes à ses amis pour répondre à la question «what are you doing?». Et on imagine plutôt ce genre de réponses: «je prends mon petit déjeuner» ou «cool, ce soir, y a Nouvelle Star à la télé».
 
Mais c'était sans compter sur les internautes qui se sont approprié l'outil et qui ont dépassé le simple stade de la conversation pour en faire un vrai outil d'information. «Airplane crash @ Schiphol Airport Amsterdam!!»: voilà les toutes premières lignes écrites au sujet du crash de l'avion turc à Amsterdam le 25 février dernier. Quelques minutes avant les grands médias, l'internaute «nipp» a témoigné de l'accident qu'il a vu de ses propres yeux.

Google ne rêve plus d’infini
 
Et la liste des événements où Twitter a été le premier sur l'info s'est allongée ces derniers mois: le crash de l'Hudson River, les attentats à Bombay ou encore l'incendie d'une des tours du complexe CCTV à Pékin. Chaque accident majeur qui survient dans une grande ville est par essence «twitterable».
 
Et ça, Google ne pourra le tolérer longtemps. «Pour les moteurs de recherche, la question prioritaire n'est plus d'indexer le maximum de sites mais plutôt d'indexer l'information le plus vite possible», explique Olivier Ertzscheid, maître de conférence en sciences de l'information à l'Université de Nantes.

Twitter Search s’impose

 
Même si Google s'est beaucoup amélioré en la matière, le moteur de recherche ne peut mettre à jour en permanence les près de 10 milliards de pages qu'il indexe. Pour Twitter, c’est beaucoup plus simple: en rachetant le service Summize en juin 2008, il s'est doté d'un outil qui indexe à la seconde près tous les twitts qui tombent dans le monde entier.
 
Cet outil miracle a été rebaptisé Twitter Search et s'est imposé comme le Google de l'instantané. Tellement pratique que des petits malins ont développé une extension Firefox qui permet d'afficher les 5 derniers résultats d'une requête sur Twitter Search, juste au-dessus des résultats sur Google.

Twitter=YouTube
 
Dans ces conditions, la rumeur commence à courir: l'ogre Google ne peut que songer à avaler le jeune et impertinent Twitter. C'est John Batelle, Google-ologue reconnu, qui a lancé l'idée il y a quelques jours sur son blog. Selon lui, Twitter se trouve dans la situation de YouTube en 2006, que Google avait fini par racheter car le site était devenu le moteur de recherche de référence des vidéos.
 
Pour l'instant, chez Google, on fait profil bas. Officiellement, et selon les mots d'Eric Schmidt, «le climat économique actuel est assez désastreux» et ce n’est pas l’heure de faire de gros achats. Mais l'idée est lancée et Yahoo pourrait aussi se mettre sur les rangs. Le portail américain a prouvé par le passé qu'il avait aussi de l'appétit avec l'acquisition de Flickr et Delicious en 2005. Quand on sait que Google est peu partageur...

L’API menacée par un rachat de Google
 
Mais à quoi ressemblerait un Twitter passé sous la coupe de Google? «Au début, je ne pense pas qu'ils prendraient le risque de désarçonner les utilisateurs. Comme pour le rachat de YouTube, la transition serait transparente pour l'internaute. Mais dans un second temps, Google pourrait mettre des verrous pour protéger sa manne publicitaire», explique Olivier Ertzscheid.
 
Une grande partie du succès de Twitter s'explique par l’écosystème qui s’est construit en périphérie du site de micro-blogging, avec des sites comme Twitter Search et Twitter Fall ou des outils comme Twitterfox et Twhirl. Twitter autorise en effet les développeurs à créer librement des applications autour de leur système en leur donnant accès à une interface de programmation spécifique, ce qu’on appelle une API.
 
Problème: certains de ces outils monétisent leur audience avec de la publicité, et pas toujours des Google Ads. Un état de fait qui serait inacceptable sur le long terme pour Google qui tire 95% de ses revenus de son propre système de publicité. Un éventuel rachat de Twitter pourrait donc menacer le principe de l’API. Et fragiliser les nombreux outils qui gravitent autour de Twitter.