Violences faites aux femmes: Pourquoi Macron veut mieux réguler l’accès des jeunes à la pornographie

PORNOGRAPHIE Le président de la République s’en est pris samedi à la pornographie, « ce genre qui fait de la femme un objet d’humiliation »…

Olivier Philippe-Viela

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Illustration: un clavier d'ordinateur rétro-éclairé.

Illustration: un clavier d'ordinateur rétro-éclairé. — P.HUDSON/FLICKR/CREATIVE COMMONS

  • Emmanuel Macron a déclaré vouloir réguler les contenus pornographiques sur internet.
  • Il compte sur le Conseil supérieur de l’audiovisuel qui aurait des pouvoirs étendus pour cela.
  • Une sexologue explique à « 20 Minutes » les conséquences de la pornographie sur les plus jeunes.

« La pornographie a franchi la porte des établissements scolaires. Nous ne pouvons ignorer ce genre qui fait de la femme un objet d’humiliation. » Dans son allocution depuis l’Elysée ce samedi, à l’occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, Emmanuel Macron s’est attardé un instant sur la pornographie, qu’il voit comme l’un des facteurs à abattre dans ce « combat culturel » qu’il veut mener au sein d’une société française « malade du sexisme ».

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Pour ce faire, le président de la République a promis pour 2018 « d’étendre les pouvoirs de régulation du Conseil supérieur de l’audiovisuel » (CSA) afin d’exercer ce « contrôle indispensable sur tous les contenus qui peuvent conduire à la violence contre les femmes ». Du côté du CSA, qui pour l’instant « ne contrôle pas tout ce qui se passe sur Internet et sur les réseaux sociaux », on ne sait pas encore comment s’organisera cette régulation.

« Nous ne pouvons qu’accueillir favorablement  l’annonce du Président de la République. Nous travaillons à ces questions depuis longtemps, et nous aurons des discussions avec Facebook et les autres acteurs du Web », indique à 20 Minutes Carole Bienaimé Besse, membre du Conseil et présidente du groupe de travail «protection de la jeunesse». L’annonce du Président lui semble cependant cohérente : « L'un des fondements de la mission du CSA est de protéger le jeune public. Or les modes de consommation ont changé, les plus jeunes regardent de moins en moins la télévision. Il faut étendre la régulation là où ils se trouvent, en l’occurrence sur Internet. »

« La pornographie est le premier vecteur d’entrée dans la question sexuelle pour un enfant »

« Aujourd’hui, la pornographie est le premier vecteur d’entrée dans la question sexuelle pour un enfant, explique la sexologue Thérèse Hargot. Elle est consommée de plus en plus jeune, parfois par des enfants de 9,10, 11 ans, et se caractérise par des humiliations envers les femmes. Elle était différente, moins violente, dans les années 1970. »

Une étude de l’Observatoire de la parentalité et de l'éducation numérique publiée en mars 2017 indiquait que « la moitié des adolescents âgés de 15 à 17 ans ont déjà surfé sur un site pornographique (51 %), soit une proportion en nette hausse (+ 14 points) en quatre ans (37 % en septembre 2013) ». Dans la même enquête, quasiment un adolescent sondé sur deux (45 %) estimait que la pornographie avait participé à son apprentissage de la sexualité.

Double discours

L’auteure d’Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) (Albin Michel, 2016), Thérèse Hargot, craint que l’accès « en libre-service » à la pornographie pour les enfants ne crée des adultes sans repères : « Il y a toujours eu ce problème du «porc», ce n’est évidemment pas nouveau. Mais aujourd’hui, on se retrouve avec une machine à en «fabriquer». D’un côté, on entend un discours d’égalité et de respect entre les hommes et les femmes, et de l’autre, on a une industrie pornographique extrêmement puissante qui diffuse ses images au travers des smartphones, ordinateurs et tablettes. Les deux messages sont totalement opposés, mais le second n’étant pas accompagné (car le porno est souvent consommé seul), il est susceptible d’avoir beaucoup plus d’impact. »

Le message dans la pornographie a « un impact sur la vision des rapports hommes-femmes et des relations amoureuses », ajoute Carole Bienaimé Besse. La sexologue poursuit : « Femmes et hommes sont transformés en objets de jouissance, la personne n’est plus vue dans sa globalité, avec son esprit et ses émotions, mais réduite à son aspect d’objet de jouissance. L’adolescent laisse libre court à ses pulsions sexuelles, sans apprendre à les maîtriser. »

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Un établissement sur quatre ne fait pas d’éducation à la sexualité

Un rapport du Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, remis en juin 2016 à Najat Vallaud-Belkacem, pointait le fait que « 25 % des écoles répondantes déclarent n’avoir mis en place aucune action ou séance en matière d’éducation à la sexualité, nonobstant leur obligation légale ».

« C’est bien qu’Emmanuel Macron interpelle directement les directeurs d’établissements, conclut Thérèse Hargot. J’ai en consultation des adolescents qui me disent qu’ils sont dépendants à la pornographie, qu’ils ne peuvent pas s’en passer. Des filles aussi, car ça ne concerne pas que les garçons. Ça crée un sentiment de honte, car on ne peut pas en parler, il y a cette impression d’avoir fait quelque chose de mal. Il faut également libérer la parole sur ce point, car ces adolescents sont victimes. La loi devrait les protéger, ils ne sont pas censés voir ce genre d’images en dessous de 18 ans. » D’où l’initiative présidentielle.