• Dans «Enterre-moi, mon amour» les joueurs se glissent dans la peau de Madj, le petit ami de Nour avec qui elle communique par WhatsApp. 
  • La multitude de fins possibles illustre la complexité et l'unicité de l'histoire de chaque réfugié. 

En janvier, Le Monde publiait un long format retranscrivant les échanges WhatsApp de Dash, parti pour l’Allemagne, avec ses proches restés en Syrie. Des messages courts, quelques vidéos et photos retraçant minute par minute, jour par jour et semaine par semaine les péripéties, les avancées et les doutes du jeune homme durant son exil. Une autre manière d’aborder le sujet des migrants quand depuis l’Europe, les informations sur la crise des réfugiés s’enchaînent et parfois se ressemblent : des témoignages sur la situation en Syrie, les chiffres des morts en Méditerranée, les images des camps de réfugiés… A tel point que l’individu tend parfois à disparaître derrière la masse.

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C’est de ce triste constat et du reportage du Monde qu’est né « Enterre-moi, mon amour ». Ce jeu d’actualité réalisé par The Pixel Hunt en collaboration avec Figs et Arte, retrace avec un grand réalisme le parcours de Nour, une Syrienne qui décide de fuir son pays, le tout à travers ces massages WhatsApp échangés avec son compagnon. « Il s’agit d’un personnage fictif dont l’histoire est un mélange de différents vrais témoignages de migrants que l’on a trouvé dans la presse, des documentaires ou encore des interviews », raconte à 20 Minutes Florent Maurin, président de The Pixel Hunt.

Dix-neuf fins possibles, la notion d’attente et d’imprévu

Le jeu est simple : un écran de téléphone sur lequel s’affichent les messages de Nour, vous qui interprétez son copain Madj et choisissez les réponses que vous lui envoyez. « Si vous optez pour le mode de jeu en temps réel, les durées sont seulement accélérées par trois. C’est-à-dire que quand Nour vous dit qu’elle va dormir, vous ne recevez son prochain message que trois heures plus tard », explique Florent Morin qui souhaitait vraiment retranscrire la notion d’attente et d’imprévu. Selon vos choix, il n’est donc pas exclut que le jeu dure jusqu’à dix jours…

Les 19 fins possibles sont influencées par les choix de Nour, son budget ou sa relation avec Madj, mais aussi par… une frontière fermée ou par un passeur qui ne tient pas ses engagements. « Chaque partie est différente, tout peut arriver, tout comme dans le parcours des réfugiés ».

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Le montrer via des messages WhatsApp et une histoire d’amour n’est pas anodin : « Cela apporte de l’intimité. Parce que tous les réfugiés ont des parents, des oncles, des femmes ou des enfants. Ce n’est pas parce qu’on risque sa vie dans un bateau que ces relations intimes disparaissent. C’est aussi ce qu’on a voulu montrer. »

Incarner une Syrienne tentant de rejoindre Stockholm

Ce n’est pas la première fois qu’un jeu traite de la crise des réfugiés. En janvier 2014, The Guardian lançait The Refugee challenge. Une sorte de Web documentaire romancé dans lequel les joueurs incarnaient une Syrienne tentant de rejoindre Stockholm (Suède).

Sans fioritures graphiques le Newsgame consistait simplement en une succession de choix plus difficiles les uns que les autres qui débouchaient la plupart du temps sur des échecs et traduisait la complexité pour un Syrien de fuir son pays. « Le large champ des possibles qu’offre le jeu vidéo permet le traitement de ce genre de sujet et le met en valeur », conclut Florent Morin.