De record en record, jusqu’où peut grimper le bitcoin?

ECONOMIE La crypto-monnaie a dépassé les 6.000 dollars de valeur durant le week-end, une nouvelle barre franchie…

O. P.-V.

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Bitcoin - illustration

Bitcoin - illustration — KAREN BLEIER / AFP

  • Le Bitcoin a connu une énorme inflation ces derniers mois.
  • La plupart des économistes craignent une bulle spéculative.
  • Son cours dépend de la géopolitique, la Chine et la Russie ayant une position ambigüe sur la question.

500 % de hausse au cours de l’année 2017. Le bitcoin est reparti très fort, après que sa mort a été annoncée un nombre incalculable de fois (138 en fait, car oui, il existe un site qui recense ce genre de chose). En début d’année, la plus célèbre des crypto-monnaies (une monnaie électronique échangée sur un réseau P2P) valait à peine 1.000 dollars à l’unité. En août, elle dépassait les 4.000. Vendredi dernier, le bitcoin passait pour la première fois la barre des 6.000 dollars. Record battu, évidemment.

Si la valeur est un peu redescendue depuis (5.914,69 dollars pour 1 bitcoin ce lundi), cette inflation exceptionnelle interroge sur les limites du développement de cette monnaie. 20 Minutes fait le point sur l’avenir du bitcoin, et les raisons de son succès actuel.

Un alignement géopolitique en Asie

« Historiquement le bitcoin évolue en fonction du risque géopolitique », explique Christopher Dembik, économiste à Saxo Banque. Les fortes fluctuations autour de la crypto-monnaie sont notamment liées aux revirements russes et chinois de ces dernières semaines. Mi-septembre, la Chine voulait interdire le bitcoin, faisant plonger son cours. Qui est reparti à la hausse après les changements de position de Pékin et de Moscou.

« La Chine a menacé, mais finalement non, ils vont le réglementer, détaille Manuel Valente, directeur de la Maison du bitcoin à Paris. La Russie souffle également le chaud et le froid, dans la mesure où Vladimir Poutine avait rencontré le fondateur d’Ethereum (deuxième crypto-monnaie en termes de valorisation actuelle). Le gouverneur de la banque centrale russe avait dit vouloir interdire le bitcoin, mais le lendemain Poutine a lui aussi choisi de réguler, comme en Chine. »

À l’inverse, le Japon et la Corée du Sud portent le bitcoin depuis plusieurs mois. Tokyo avait reconnu en avril 2017 la monnaie comme une devise ayant un cours légal. En septembre, le Japon est devenu le principal marché du bitcoin dans le monde. « Il y a eu beaucoup de bonnes nouvelles ces derniers temps, notamment une acceptation très forte en Corée du Sud et au Japon », confirme Manuel Valente.

Une bulle qui n’en est peut-être pas une

Ok, +500 % en huit mois, ça ressemble fort à une bulle spéculative. « On peut considérer que le prix est erroné. Il n’est pas possible d’avoir des fluctuations aussi importantes sans que ce soit une bulle, car vous n’êtes adossé à strictement rien : le bitcoin est complètement immatériel, contrairement à l’or », avance Christopher Dembik, qui prévient néanmoins qu’« on attend son éclatement depuis 2011 ».

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« Il y a des "forks" prévus, de nouvelles monnaies en train d’être créées sur la base du bitcoin. Des gens se préparent à cette nouvelle création monétaire en achetant un maximum de bitcoins avant, ce qui fait mécaniquement grimper son prix », explique de son côté le directeur de la Maison du bitcoin. Selon lui, prédire l’évolution de la valeur de la monnaie est  évidemment très difficile, mais «  certains économistes avancent, ça vaut ce que ça vaut, que le Bitcoin pourrait grimper jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros ».

Une technologie stable

Le gros avantage du bitcoin, c’est son système de « blockchain », « un réel intérêt technologique », souligne l’économiste de la Saxo Bank. Celui du bitcoin permet de chiffrer et protéger totalement les transactions, tout en permettant le transfert de fichiers sans en garder la copie, ce qui autorise son utilisation en tant que monnaie et lui assure une certaine stabilité.

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En outre, c’est un système très résistant à la censure : « Si vous voulez stopper le bitcoin dans un territoire donné, décrit Manuel Valente, le seul moyen que vous avez est d’empêcher toute connexion sortante chiffrée, ce qui est impossible à moins d’avoir son propre réseau Internet comme Corée du Nord. »

À noter qu’il existe 21 millions de bitcoins dans le monde, pas un de plus ou de moins, la quantité totale étant strictement limitée, une « caractéristique technique qui le rend intéressant sur le long terme » et le rapproche « par son fonctionnement financier de valeurs sûres comme un métal précieux », explique Manuel Valente.