Pulsar: On a voyagé dans le temps pour voir l’art du futur et c’est à Ivry que ça se passe

REPORTAGE On a voyagé dans le temps mercredi pour voir à quoi ressemblera l'art du futur....

Laure Beaudonnet

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Les artistes en résidence de PULSAR aux Techshop de Leroy Merlin

Les artistes en résidence de PULSAR aux Techshop de Leroy Merlin — Julien Cousin / PULSAR

  • PULSAR The Open Art Prize récompense des œuvres nées de la rencontre entre des artistes et de créateurs du monde digital.
  • Du 2 au 5 octobre à Station F, PULSAR The Open Art Prize devient un laboratoire d’expérimentation.
  • Le 5 octobre, un jury a remis trois prix aux lauréats (10.000 euros, 20.000 euros et 30.000 euros).

Un énorme écriteau « Retrait des marchandises » s’affiche à l’entrée du bâtiment Leroy-Merlin. Le 21 rue François-Mitterrand, à Ivry, a tout l’air d’une micro-zone industrielle, en face d’une usine ambiance Centre Pompidou du pauvre. Mais comme le dit l'adage (à peu près) : l’entrée ne fait pas le moine. Et c’est bien là que TechShop de Leroy-Merlin, des ateliers collaboratifs, accueille les 10 projets retenus par PULSAR, le premier prix d’art qui récompense des œuvres nées de la rencontre entre l’art et le monde digital.

En duo ou en trio, les artistes se frottent aux nouvelles technologies dans ce gigantesque espace de 2.000 m² situé à une dizaine de minutes à vélo (c’est team vélo par ici) de la Station F, partenaire du prix. On a voyagé dans le temps pour voir comment l’art du futur est fabriqué. Haters d’ art contemporain gonna hate.

Un speed dating pour former les équipes

Ateliers Techshop
Ateliers Techshop - Julien Cousin / PULSAR

Munis de lunettes de protection, on passe devant l’imprimante grand format UV, la machine de découpe jet d’eau (de l’eau peut couper du métal, si si), des imprimantes 3D, on croise des structures en bois, des objets imprimés aux formes insolites… Ca sent la peinture, le bois crépite, les moteurs bourdonnent mais l’ambiance est studieuse… On se croirait dans un parc d’attractions pour fans de nouvelles technologies. Les équipes se sont entraînées en amont sur les machines pour tirer profit au mieux des quatre malheureux jours dont elles disposent pour fabriquer leur prototype.

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Parmi ces créateurs du futur, on trouve de tout : plasticiens, musiciens, chorégraphes, graphistes, vidéastes, développeurs, ingénieurs du son… « Au mois de juillet, on a organisé un speed dating entre 25 ingénieurs et 25 artistes pour créer les équipes », expliquent Marine Ulrich et Alix Debussche, cofondateurs de PULSAR The Open Art Prize. Le but est de créer une œuvre collaborative et un questionnement sur le rapport entre l’homme et les nouvelles technologies.

« Ici, on n’est jamais gagnant »

Casino las datas
Casino las datas - Julien Cousin / PULSAR

Avec Casino las datas, ça commence fort. Albertine Meunier, Filipe Vilas-Boas et Sylvia Fredriksson ont imaginé un casino 2.0 pour nous forcer à prendre conscience de notre rapport aux données numériques. Dans cette allégorie de l’espace Internet, les machines à sous sont customisées avec l’iconographie du Web (pomme d’Apple, likes de Facebook, grumpy cat…). Pour récupérer des jetons, nous devons balancer nos données personnelles [mail, numéro de téléphone, ID… La carte bleue, c’est 10 jetons]. Et comme pour souligner à quel point la partie que nous jouons sur le Web est viciée, la combinaison du jackpot est 666. « Comme sur Internet, ici, on n’est jamais gagnant », sourit l’équipe qui prône un « new deal » algorithmique.

Bodyfail
Bodyfail - Julien Cousin / PULSAR

De l’autre côté de la porte, les créateurs de Bodyfail s’amusent à chercher les limites de l’intelligence artificielle avec une question en tête: comment, avec notre corps, pouvons-nous créer de la confusion dans un système informatique ? A l’aide de la reconnaissance des mouvements, l’œuvre invite le public à faire bugger la machine en produisant des gestes discordants. Le dispositif projette de la lumière en fonction de la chorégraphie : plus le mouvement est perçu comme défaillant par la machine, plus l’image sera diffractée. « Bouger autrement, c’est aussi une manière de voir le monde différemment », insiste Jean-Marc Matos, le chorégraphe de la bande. On ne peut pas s’empêcher d’imaginer la machine au bord de l’apoplexie devant un danseur de tecktonik sous amphétamines, mais on s’égare.

>> A lire aussi : Dix ans après le phénomène, que reste-t-il de la tecktonik?

YouTube en bois

A quelques mètres de Bodyfail, YouTube a pris la forme d’un mini-auditorium en bois. A mi-chemin entre le pavillon de musique connecté et le jukebox, B@l crée un nouvel environnement pour sublimer des spectacles diffusés en direct sur le Web. L’installation sonore et visuelle doit permettre de ramèner la culture sur des territoires qui n’ont pas forcément accès à une offre artistique.

Plus loin, l’Urinotron crée une mini centrale électrique à partir de l’urine tandis qu’avec Split, Vasil Tasevski et Hubert Mardi tentent de donner une forme vivante à un robot. La Likerie est une machine à liker tout ce qu’elle trouve, en clin d’oeil aux fermes à clics en Inde. A l’issue de cette course contre la montre de quelques jours, les prototypes seront présentés à un jury et départagés jeudi soir*. Une exposition sera organisée au mois de décembre à la Fondation Groupe EDF. L’art contemporain n’a jamais semblé aussi critique du monde qui nous entoure.

*Les trois lauréats sont: Image Mouvement de Eric Minhg Cuong et Simon Hill (1er prix), Bodyfail de Jean-Marc Matos, Thomas Guillemet et Clément Barbisant (2e prix) et Urinotron de Dorian Reunkrilerk et Gaspard Bebie-Valerian (3e prix)